Dounia et la princesse d’Alep, de Marya Zarif, André Kadi, 1ier février, en avant-première au Festival du film franco-arabe

[Ce film est à découvrir en avant-première au festival du film franco-arabe samedi 26 novembre, juste avant Nos Frangins de Rachid Bouchareb qui sortira le 7 décembre en salle.]

A l’instar d’autres films d’animation récents tels que Parvana, une enfance en Afghanistan de Nora Twomey ou Le Pharaon, le Sauvage et la Princesse de Michel Ocelot, Dounia et la princesse d’Alep puise au cœur de contes immémoriaux la matrice du récit. Le conflit en Syrie est bien présent à l’écran puisque la jeune héroïne, Dounia, voit son quotidien tranquille et joyeux voler en éclats. Son père, musicien progressiste est emprisonné. La maison de ses grands-parents éventrée par les bombes. Son canari, tué. Bientôt, il faut partir. C’est cet exil choisi (le film montre bien la détermination des grands-parents à offrir une meilleure vie à Dounia) qui est prétexte à de nombreuses rencontres. Avec des êtres en chair et en os comme Djwann, un autre musicien qui fera route avec elle jusqu’à Budapest, égayant de sa guitare et de sa voix mélodieuse les soirées dans les campements. Mais aussi avec des figures surnaturelles telles qu’Ishtar, déesse de l’amour et de la fertilité. Elle fera pousser un mur d’arbres et de fleurs pour cacher la fuite des réfugiés aux militaires armés.

Ce film n’est pas une énième production sur les migrants du Moyen-Orient. Dounia et la princesse d’Alep est animé d’une fougue de transmission des savoirs, d’un syncrétisme qui vaut mille émissions du Dessous des Cartes ou cours de géopolitique. Dans l’esprit du grand public, en Syrie, au Liban, en Irak, on parle arabe, on est de culture arabe. Dounia montre que la réalité est sans fois plus complexe et riche. Ces pays de Mésopotamie furent d’une certaine manière le creuset de l’humanité, de cultures multi-millénaires. Le grand-père de Dounia, le bon et sage Jeddo est soufi et sa danse tournoyante vers le ciel est sa manière de communiquer avec Dieu et de célébrer la Beauté. La tante de Dounia est chrétienne mais elle sait aussi lire dans le marc du café. Quant à la Princesse d’Alep qui scintille dans le ciel nocturne, elle est le symbole de ce mélange de cultures et de résilience face à la bêtise crasse des hommes aujourd’hui.

La réalisatrice a vécu l’enfer des camps, des marches dans le froid, de l’attente, sans domicile fixe, aux portes des frontières. Mais elle signe un film lumineux, porté par une petite héroïne qui a gardé la capacité de s’émerveiller et de rechercher ce qui est bon. Forte de son expérience et du multiculturalisme de sa ville d’origine, Alep, une cité vieille de 12 800 ans d’existence, Marya Zarif a tenu à signifier à l’écran les identités multiples de ses personnages. Elle s’est donc entourée d’acteurs et actrices aux origines et accents variés (Téta Mouné est jouée par Elza Mardirossian, une amie montréalaise de Damas, d’origine arménienne, qui a 80 ans) et surtout, elle a utilisé la musique (d’Arménie, d’Irak…) comme fil d’Ariane tout au long de la quête de Dounia.

Cette invitation au voyage, ce mélange de sons et de musiques, est également très sensuel, à l’image des recettes de cuisine préparées par Téta Mouné, qui rythment les différentes étapes du cheminement de la famille et donnent envie au spectateur d’en apprendre plus sur la culture alépine en goûtant à ces mets savoureux. Dounia et la princesse d’Alep est une réussite !

1 février 2023 en salle / 1h 12min / Animation, Fantastique, Aventure
De Marya Zarif, André Kadi

 

Vous aimerez aussi...

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.