Titina, de Kajsa Næss, 8 février 2023, avant-première Mon premier festival

Énorme coup de cœur pour ce film d’animation norvégien, projeté en avant-première lors de Mon premier festival. Titina est animé à l’ancienne, en 2 D, en ligne claire, avec des aplats de couleur. L’action se déroule de 1925 à 1978, l’année où l’ingénieur et explorateur italien Umberto Nobile mourut de vieillesse à 93 ans. Le film s’ouvre sur l’appartement du vieil homme qui est aidé par sa petite fille. Celle-ci descend vite acheter du café, et à la faveur d’une poussiéreuse bobine de film qui chute au sol, le fil des souvenirs se déploie soudain. Film dans le film, Titina est plein de ses merveilleux emboîtements qui reflète les méandres de la mémoire. Alors que le fascisme étend sa main de fer sur les corps et les consciences, l’imagination de Nobile s’évade chaque jour un peu plus loin et plus haut. L’ingénieur se passionne pour l’aéronautique et conçoit des dirigeables de plus en plus grands.

Casanier et ultra-sensible, il fond littéralement pour Titina, petite chienne errante qu’il sauve d’un mauvais destin en la recueillant dans sa famille. Le prénom, que le spectateur pourrait croire choisi par hasard, est chargé de sens. Titina, c’est un amour perdu, celui de la chanson d’origine, Je cherche après Titine, écrite en 1917 par le duo Bertal-Maubon et mise en musique par Léo Daniderff. C’est aussi la chanson absurde que Charlie Chaplin improvise avec un mélange d’italien et de français dans le film Les temps modernes (1936). Comme Titina, la petite chienne de Nobile, cette chanson a connu plusieurs vies, fait de nombreux aller-retours (de la France aux USA) et n’a jamais gardé la même forme. Cette faculté de métamorphose nourrie par le rêve est au cœur du film et de la trajectoire singulière qu’il tente de raconter.

Du début à la fin, on a l’impression de rêver éveillé. La rencontre entre Titina et Nobile est marquée du sceau du destin. L’appel de l’explorateur norvégien Roald Amundsen à l’ingénieur italien fait suite à la contemplation songeuse d’un linge qui s’envole dans le vent glacial du grand Nord. Ce n’est pas la logique qui préside les décisions mais les sensations, le vertige d’une intuition. Comment expliquer qu’un homme qui aime son petit confort domestique, ses concerts au club de jazz juste en bas de son domicile, et ses pantoufles aux pieds accepte de risquer sa vie aux côtés d’un athlète vieillissant avec qui il n’a rien en commun ?

Distribué en France par les Films du Losange, Titina est un bien plus qu’un biopic animé qui retrace les expéditions au pôle nord de Nobile et d’Amundsen. C’est un film traversé d’une douce folie avec des personnages croqués à la manière d’un caricaturiste qui aurait abusé d’une bouteille de bon vin. Si les grandes oreilles des explorateurs associés puis rivaux rappellent celles des héros du magazine Mad, on est plutôt dans l’univers des Triplettes de Belleville, d’ailleurs produites par la même compagnie, Vivi Films.

Que ce soit dans les airs, à quelques minutes du crash fatal, ou sur terre, au retour d’un concert un peu trop arrosé, les scénaristes et animateurs enchaînent les moments de pure poésie… et malgré le contexte politique nauséabond, ou la jalousie qui vient entacher une belle amitié, Titina fait partie de ces films qui élèvent l’âme parce qu’il réussit à retranscrire avec joie et justesse l’aspiration de chacun à se dépasser, à sortir des limites imposées par le quotidien ou les déterminismes sociaux.

8 février 2023 en salle / Animation, Aventure
De Kajsa Næss
Par Per Schreiner

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