Les secrets de mon père, Vera Belmont, le 21 septembre

Adaptation de la bande dessinée Deuxième génération de Michel Kichka (parue aux éditions Dargaud), Les secrets de mon père est un film à la fois nécessaire et original. Ce n’est pas la première fois que l’enfer d’Auschwitz (et plus généralement des camps de concentration) est mis en images mais l’intérêt de ce film – en grande partie biographique – est de s’intéresser au traumatisme et à la culpabilité des survivants et de leurs descendants.

La BD dont est tiré ce film s’intitule Deuxième génération et le spectateur est donc plongé dans le quotidien d’une fratrie juive belge composée d’une grande sœur qui rêve de vivre à Londres afin de se rapprocher des Beatles, de Michel et Charly, deux frères premiers de la classe mais un brin chenapans, et de leur cadette, qui dessine déjà des patrons de robes et souhaite devenir la nouvelle Coco Chanel.

Si dans la première partie du film, les femmes, à l’image de Lucia, la maman qui passa la guerre cachée dans une cave, restent à l’arrière plan, ce n’est pas parce qu’elle sont reléguées à des tâches subalternes mais plutôt parce qu’elles réussissent chacun dans leur domaine. On ne peut pas dire de même du père, Henri Kichka qui s’enferme régulièrement dans son bureau et semble parfois se déconnecter du réel. Quant à Michel et Charly, les bizarreries paternelles les poussent à franchir de plus en plus les limites afin qu’il daigne s’intéresser à eux. La première partie du film, menée tambour battant, rythmée par les bêtises des frangins, montre à quel point le mutisme, les secrets d’un père peuvent attiser la curiosité des plus jeunes et les faire déraper.

La pièce toujours fermée à clef aimante Charly et Michel qui n’ont de cesse de vouloir s’y introduire par tous les moyens. Petit à petit, l’inconcevable vérité – l’extermination raisonnée et organisée des juifs, la « solution finale » – est révélée au fil des indices glanés par les enfants. Numéros inscrits sur un avant-bras (le téléphone ne répond pas quand on les compose !), visages émaciés griffonnés sur un bout de papier, peur panique du papa dans un train… Si le récit est construit comme une sorte d’enquête policière à la pieds nickelés, on glisse doucement de la comédie vers le drame.

L’identité juive qui n’était pas un élément bien identifié – juste un prétexte pour aller jouer au foot au lieu de suivre les cours de catéchisme – revient en boomerang. Au pensionnat, Michel sympathise avec le fils d’un diplomate africain, un autre « métèque » marginalisé… Après le procès Eichmann (avril 1961), intelligemment retranscrit à l’écran par des images d’archives en noir et blanc diffusées via le poste de télévision de la brasserie où sont réunies les familles juives du quartier, la césure est nette. Il y aura un avant et un après dans la vie des Kichka.

Avec la mort d’un des tortionnaires, la parole du père se libère… mais son désir de témoigner est si fort que ses enfants passent quelque peu au deuxième plan. C’est cette obsession de dire – après celle de taire – qui va miner la famille, personne ne comprenant pourquoi parler du passé, sans relâche, est soudain devenu si important. Film sur la mémoire, la transmission, Les secrets de mon père est aussi un magnifique témoignage sur l’amour filial et fraternel. C’est parce qu’il aimait dessiner avec son père que Michel deviendra un caricaturiste de renom en Israël.

Le film pose également d’excellentes questions sur l’identité juive selon les générations : pour ceux qui ont connu l’Holocauste ou sont les descendants directs de disparus, elle s’exprimera à travers le devoir de mémoire et parfois même, une méfiance envers la pratique religieuse, pour les plus jeunes, qui souhaitent rompre avec la culpabilité et le souvenir du malheur, ce sera l’édification d’un nouveau pays, sous forme d’eldorado, Israël, avec toutes les désillusions que cela peut aussi comporter.

Conseillé à partir de 10 ans, Les secrets de mon père possède une dimension pédagogique indéniable. Le soin apporté à l’animation, conçue par le studio Je suis bien content de Marc Jousset, qui a produit Persepolis et Avril et le monde truqué, en fait aussi un spectacle de qualité pour toute la famille. Seul petit bémol : une fin un peu abrupte. Le film étant relativement court (1h14), l’évolution psychologique du père et sa réconciliation avec Michel Kichka aurait peut-être mérité un développement plus étoffé.

21 septembre 2022 en salle / 1h14min / Animation
De Véra Belmont
Par Véra Belmont, Michel Kichka
Avec les voix de Michèle Bernier, Jacques Gamblin, Arthur Dupont

 

 

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