Music Hole, Gaëtan Liekens, David Mutzenmacher, 6 juillet

On connaissait le film noir où un mari – ou une épouse – paie un tueur pour se débarrasser de sa moitié (Red Rock West de John Dahl, U Turn d’Oliver Stone) mais comme les belges adorent cultiver leur originalité, dans Music Hole, un mari paie pour que l’on couche avec sa femme. Francis, marié à pulpeuse Martine, est le comptable d’un cabaret miteux de Charleroi. Sa femme lui reproche son manque d’ambition, son style de vie ennuyeux et ne se prive pas de coucher avec son patron, un vieux mafieux à moumoute, pour assouvir ses besoins matériels. Après une énième dispute conjugale, Francis se réveille avec une gueule de bois carabinée et découvre avec stupeur la tête de Martine, décapitée, dans son congélateur.

Music Hole jette aux orties et piétine avec fierté tous les codes relatifs au film noir. Oui, il sera question de truands. Oui, le mari – un chic type un peu paumé – se retrouvera dans un imbroglio criminel digne d’un roman de Raymond Chandler. Mais bon, nous sommes en Wallonie, dans le milieu interlope d’un cabaret qui attire une clientèle pas vraiment select.

Ajoutez à tout cela un mauvais goût assumé tant sur le plan vestimentaire que musical (avec des tubes italiens sirupeux), des décors kitch à souhait et des personnages un brin caricaturaux (comme ce gitan belge qui habite une décharge et joue à merveille de la guitare espagnole), arrosez de bonne bière et vous obtiendrez ce film loufoque à la construction parfaitement maîtrisée.

Au-delà des blagues cul ou scatologiques, des femmes fatales vulgaires, de l’acteur raté gigolo grimé en gladiateur, du psychopathe crétin, de la détective privée au brushing impeccable, ou du tueur à gages italien, Music Box narre une histoire à tiroirs et retombe toujours sur ses pattes. On craignait que la voix off et les nombreux flash-back n’alourdissent le récit mais celui-ci est mené tambour battant et le montageespiègle en diable – révèle bien des surprises !

Au final, ce film qui lorgne parfois du côté de Strip-Tease est une belle réussite, pour qui aime l’ironie et le second degré, le tout à la sauce belge ! Wim Willaert est génial dans le rôle de Francis, on l’avait déjà adoré dans Je suis mort mais j’ai des amis, de Guillaume & Stéphane Malandrin, sorti en 2015.

6 juillet 2022 en salle / 1h22min / Comédie
De Gaëtan Liekens, David Mutzenmacher
Par David Mutzenmacher
Avec Wim Willaert, Vanessa Guide, Laurence Oltuski

Vous aimerez aussi...

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.