Wild men, Thomas Daneskov, le 24 août en salle

Projeté aux festivals de Tribeca et durant le mois du film européen à Annecy, Wild men, réalisé par le danois Thomas Daneskov, sortira cet été. De quoi nous rafraîchir avec ses somptueux paysages enneigés norvégiens. Mais l’attrait de ce film ne réside pas uniquement dans les magnifiques fjords montrés à l’écran. A la fois buddy movie et poursuite policière, Wild men emprunte à plusieurs registres filmiques. Le héros principal est un père de famille danois qui en route pour un séminaire professionnel, décide soudain de couper à travers champs – ou plutôt à travers montagnes – pour vivre à la dure, comme ses ancêtres préhistoriques.

Au milieu des bois, vêtu de plusieurs peaux de bêtes qu’il a lui-même cousues après avoir chassé son gibier, Martin a dressé son campement. Mais, s’il n’a aucune envie de retrouver la chaleur de son foyer, son épouse (interprétée par Sofie Gråbøl, Sarah Lund dans The Killing), ses deux filles et ses collègues, il n’a pas pour autant complètement renoncé à quelques plaisirs que seule la technologie est en mesure de lui offrir. Ainsi, il dort sous une tente, continue de surfer sur internet – quand il capte du réseau – et écoute ses playlists favorites sur son iPhone avant de s’endormir. C’est justement cette ambivalence qui semble avoir fasciné le réalisateur qui, à travers de cette comédie douce-amère, fustige gentiment tous ces quadras en mal de retour à la terre, sans trop savoir ce qui les attend hors de la ville.

Martin veut être libre mais lorsqu’il tente de convaincre le caissier du supermarché des bienfaits du troc, il prend conscience que sans mastercard, impossible d’obtenir son pack de bière. La dimension crise de la quarantaine affleure régulièrement dans les discours – à contrecourant des croyances des autres personnages – tenus par un Martin, passablement énervé de voir que le monde ne s’acclimate pas aux nouvelles règles qu’il s’est créées. Mais à l’image de Martin, qui demeure malgré tout en lisière de la civilisation, ni trop loin, ni trop près, le réalisateur n’a pas voulu plomber l’ambiance bonne enfant de son film par des considérations existentielles trop glauques.

Wild men demeure un film léger du début à la fin – certains critiques plus sévères écriront peut-être inconséquent – mais qui a le mérite d’imposer un rythme propre – emprunt de lenteur, de rêveries – au spectateur. Nous voyons la Nature à travers les yeux de Martin, nous pensons le couple en suivant le fil de son raisonnement jusqu’au-boutiste pour mieux constater l’évolution de son personnage au contact des différents trublions – le trafiquant de drogue, le commissaire blasé (excellent Bjørn Sundquist) – qui viennent troubler sa quête d’isolement. En tournant plusieurs scènes – parmi les plus drôles – dans un vrai faux village viking (en Norvège et en Suède, de nombreux acteurs vivent plusieurs mois par an dans des reconstitutions grandeur nature), le réalisateur s’interroge aussi sur la dimension factice et mercantile des pseudos expériences « traditionnelles » proposées aux touristes.

Et si le glorieux passé de nos ancêtres demeure de l’ordre du fantasme et qu’il nous est impossible de le revivre, alors peut-être doit-on embrasser le futur avec toutes les possibilités qu’il recèle. Les choix – qui pourront sembler extrêmes – opérés par le commissaire et le mafieux aideront paradoxalement Martin à se réconcilier avec ce qu’il possède déjà et à envisager sa vie comme une richesse et non un fardeau. La poursuite policière – menée, avec lenteur, à la scandinave – rappellera aux spectateurs le ton absurde de Fargo avec une administration qui n’oublie jamais ses droits : au repos, au sommeil, aux congés payés… Une autre inspiration, plus littéraire, est également manifeste, à travers le lapin fugueur des deux fillettes. Comment ne pas songer au roman de Tuomas Kyrö, Les tribulations d’un lapin en Laponie, qui était lui-même un hommage au Lièvre de Vatanen d’Arto Paasilinna ? Moins truculent que ses deux prédécesseurs papier, Wild men est néanmoins une ode réjouissante à une certaine folie douce, celle qui permet de prendre le large avant de revenir à bon port, les yeux plein d’immensité.

24 août 2022 en salle / 1h42min / Comédie
De Thomas Daneskov
Par Thomas Daneskov, Morten Pape
Avec Rasmus Bjerg, Zaki Youssef, Bjørn Sundquist
Titre original : Vildmænd

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