The Duke, Roger Michell, 11 mai 2022

The Duke est ce que l’on a désormais coutume d’appeler un feel good movie, porté par un acteur et une actrice admirables, Jim Broadbent et Helen Mirren. Inspiré de faits réels, le vol en 1961 d’un tableau de Goya par un sexagénaire gauchiste, The Duke est à la fois une comédie sociale et ce que l’on nomme outre-manche un procedural, le récit d’un procès.

Découpé de manière classique en deux temps, l’avant-procès et le procès, The Duke s’attarde à planter son décor : nous sommes en Angleterre, non loin de l’Écosse, dans le Northumberland, comté à la fois vert et industrieux. Le pays se relève à peine de la seconde guerre mondiale et Kempton Bunton milite afin que la taxe audiovisuelle soit abrogée pour les vétérans et invalides de guerre. Ouvrier autodidacte, il est de tous les combats pour améliorer le quotidien des sujets de sa gracieuse majesté qui n’ont pas eu la chance de naître au sein de la noblesse ou de la grande bourgeoisie. Épaulé par l’un de ses fils, superbement interprété par Fionn Whitehead (qui s’était fait connaître en décrochant le rôle principal de Dunkerque réalisé par Christopher Nolan), Kempton Bunton multiplie tractages, meetings improvisés, lettres de doléances… au grand dam de son épouse, incarnée par Helen Mirren, femme de ménage qui aimerait passer inaperçue auprès de ses employeurs, un couple de notables.

La dynamique de couple entre Jim Broadbent et Helen Mirren est truculente pourvu qu’on soit – encore – dans une société gangrenée par le jeunisme et l’amour télé-réalité, sensible à la tendresse et à la loyauté. Broadbent se révèle un incorrigible menteur, non par malhonnêteté ou immoralité, mais par simple fantaisie. Pourfendeur de l’injustice jusqu’au-boutiste, il s’enlise dans des situations professionnelles rocambolesques par amour de la vérité. Or, déjà dans les années 1950-60, il vaut mieux – en tout cas, s’il l’on souhaite conserver son emploi – se taire et faire profil bas que s’aventurer à dénoncer plus fort et plus puissant que soi.

Si le film montre bien que tout n’est pas rose dans les swinging sixties – elles portent en germe le racisme des skinheads, Thatcher, la mort de la classe ouvrière et la désindustrialisation du pays –  le réalisateur Roger Michell se garde bien d’enjoliver la personnalité de son héros fantasque. Si Kempton Bunton est charmant lorsqu’il prend la défense d’un jeune pâtissier étranger, il se montre irritant lorsqu’il tente à tout prix de vendre à la BBC sa pièce de théâtre basée sur le décès de sa fille. Nul doute que Bunton n’hésitait pas à tordre la réalité pour défendre les causes qui lui tenaient à cœur.

En tout cas, le film réussit parfaitement à reconstituer l’une des affaires criminelles les plus célèbres du Royaume-Uni. Rythmé, bourré d’humour, de clins d’œil littéraires (Kempton était fier de ses lectures), le film repose surtout sur le savoureux numéro d’acteur de Jim Broadbent qui campe un Donquichotte un peu escroc sur les bords, à la fois émouvant et inspirant. En tout cas, suffisamment, pour être acquitté à l’époque !

11 mai 2022 en salle / 1h35min / Biopic, Comédie, Drame
De Roger Michell
Par Richard Bean, Clive Coleman
Avec Jim Broadbent, Helen Mirren, Fionn Whitehead…

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