Icare, Carlo Vogele, 30 mars

Librement inspiré du mythe d’Icare, le dernier film d’animation de Carlo Vogele est envoûtant. A partir des dessins du bédéiste Edouard Cour, auteur notamment de la série des Herakles, le réalisateur luxembourgeois construit une fresque au souffle épique qui ose s’affranchir du récit antique pour mettre en scène des personnages échappant à leur destin. Même si les heures allouées par le ministère de l’éducation nationale aux lettres classiques (et à l’enseignement du grec) ne cessent de diminuer d’année en année, les mésaventures d’Icare qui s’est brûlé les ailes et a perdu la vie en voulant s’approcher du soleil demeurent connues. Quel adulte n’a pas mis en garde son enfant en lui assénant « si tu ne m’écoutes pas, tu finiras comme Icare. » Avec son film, Carlo Vogele propose une autre lecture, moins moraliste, plus complexe, et au final pleine d’espérance.

Comme Dédale son père, complice de Pasiphaé, folle amoureuse du taureau blanc, comme Minos, roi de Crète, avide de puissance et de vengeance depuis la mort de son fils Androgée, Icare n’est pas complètement responsable de ses infortunes puisqu’il est le jeu des Dieux. Et si tout semble, soit écrit d’avance, soit sujet aux caprices des habitants de l’Olympe, alors pourquoi ne pas imaginer un petit garçon à la fois espiègle et généreux, bien déterminé à être acteur de sa propre histoire ?

Dans ce film, Pasiphaé est une mère aimante qui veut sauver son fils le Minotaure.

Le film plaira au spectateurs encore un peu naïfs, soucieux de justice et de liberté : Vogele a choisi de faire du Minotaure, créature originellement dépeinte comme sanguinaire et monstrueuse, une victime… de la jalousie d’un père qui s’estime bafoué par son épouse et de l’orgueil d’un inventeur, le père d’Icare, Dédale, qui obéit pourtant en esclave. Comme ce célèbre épisode de la série TV La 4e dimension diffusé en 1960 aux États-Unis (The Monsters Are Due on Maple Street), Icare invite le spectateur à se demander : « Mais qui est vraiment le monstre ? »

Dans cette nouvelle version du mythe, Icare et Astérion, le Minotaure, sont amis. Ils jouent et grandissent ensemble et lorsque Astérion est finalement enfermé dans le labyrinthe conçu par Dédale, Icare n’hésite pas à braver les interdits paternels. Le film est scindé en deux parties bien distinctes que l’on pourrait nommer Songs of Innocence et Songs of Experience pour plagier William Blake. Après l’innocence enfantine survient l’expérience et son corollaire le désenchantement adulte. Sauf qu’Icare, refuse de se résigner. Les scènes de joie champêtre et aquatique, sur les plages et collines méditerranéennes (mention spéciale au travail remarquable sur la couleur), font place au noir et blanc du labyrinthe et à l’obscurité de la chambre troglodyte où Dédale a enfermé son fils.

Mais enfermement ne signifie pas immobilisme. Et Icare qui a été à bonne école avec son père inventeur déploie des trésors d’ingéniosité pour venir en aide au Minotaure… A partir de l’arrivée de Thésée, tout s’accélère et l’on retrouve les motifs originaux du mythe : le fil d’Ariane, la fuite de la fille de Minos et du héros athénien, l’emprisonnement de Dédale et son fils. Malgré la chute toute proche, Icare est une histoire lumineuse où la vie, la création l’emportent sur la fatalité et la mort. En dotant son personnage principal d’une backstory et d’une identité propres (Icare n’est pas réduit à la figure mythologique que l’on connaît), en s’appuyant sur une animation – mélange de 2D et 3D – qui fait la part belle aux paysages tout en multipliant les scènes d’action très fluides (la danse d’Ariane, l’envol du père et du fils), Icare propose au spectateur un formidable récit humaniste. Avec les voix de Camille Cottin (Ariane), Niels Schneider (Thésée) et Feodor Atkine (Dédale)…

30 mars 2022 en salle / 1h16min / Animation
De Carlo Vogele
Avec Camille Cottin, Niels Schneider, Féodor Atkine, Igor Van Dessel…

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