Retour sur un film, Finch, de Miguel Sapochnik, sorti le 5 novembre

A sa mise en ligne sur Apple TV+, je ne m’étais pas précipitée pour voir Finch. Déjà échaudée par « Foundation », adaptation catastrophique, lénifiante et pompeuse, des livres du cycle Fondation d’Isaac Asimov, je craignais un énième récit superficiel et cliché sur la cohabitation homme-robot. Si Finch a été sévèrement critiqué par la presse française, c’est pourtant un film qui mérite le détour. D’abord, il y a Tom Hanks, habitué à jouer les héros solitaires, reclus par force – on songe au Robinson de Seul au Monde – échoué sur une île après le crash de son avion, ou prisonnier de frontières mentales et sociales tel le simple d’esprit de Forrest Gump.

Copyright : Amblin

Dans cette histoire post-apocalyptique produite par Robert Zemeckis (qui avait justement réalisé Seul au Monde et Forrest Gump), Tom Hanks interprète un ingénieur en informatique, l’un des rares survivants d’un monde ravagé par les éruptions solaires, la multiplication des phénomènes météorologiques extrêmes, et la destruction de la couche d’ozone (régulièrement comparée à du gruyère).

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Pendant tout le film, il sera le seul humain à l’écran, ses seules interactions se limitant à ses discussions avec l’intelligence artificielle qu’il a créée pour s’occuper de son chien dans l’éventualité de son décès. Finch est à la fois un film catastrophe – on retient les deux séquences inaugurales de danger imminent avec la tempête de sable puis la tornade – et un mélodrame. Car Finch se sait condamné. Malgré ses précautions, son port de tenue de protection intégrale, il a été irradié et son état empire de jour en jour. De nombreux critiques se sont gaussés de l’immense affection qu’éprouve Finch pour son partenaire canin, mais ils sont restés sourds et aveugles à l’essentiel de cette histoire de transmission.

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Certes, la présence du chien, excellemment dressé, ajoute encore un peu plus au capital sympathie du film réalisé par Miguel Sapochnik, auparavant connu pour plusieurs épisodes de la série Game of Thrones, et un seul long-métrage, Repo Men avec Jude Law, sorti en 2010. Mais Finch est plus qu’un produit cinématographique conçu pour faire pleurer dans les chaumières. C’est d’abord une réflexion subtile sur la famille. Mais qu’est-ce qui la définit, lui donne sens ? Les liens du sang ou l’amour indéfectible et la solidarité qu’éprouvent chacun des membres envers l’autre ? Finch se montre extrêmement protecteur envers son chien Goodyear, son petit robot Dewey et son intelligence artificielle Jeff à tel point que lorsqu’il est obligé d’abandonner Dewey accidenté dans un hangar rempli de pièges à ours et d’ombres menaçantes, il hurle, pétri de culpabilité : « Il était l’un d’entre nous ! Et nous lui avons fait prendre un risque ! » Si les questions engendrées par les lois de la robotique chères à Asimov ne sont qu’effleurées, le réalisateur a su mettre à profit l’étonnant jeu d’acteur de Tom Hanks et les effets spéciaux imaginés par Scott Stokdyk afin d’humaniser Jeff  et  pour mettre en miroir le parcours de scientifique de Finch et son apprentissage express de la paternité.

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Le spectateur comprend assez rapidement que si Finch est l’un des rares survivants sur terre, c’est aussi parce qu’il est avant tout un scientifique de génie. Les scènes se déroulant dans son ancien centre de recherche reconverti en bunker fourmillent de détails témoignant de l’ingéniosité du héros. Finch parvient à tromper la mort à l’aide de ses multiples inventions mais aussi parce qu’il fait preuve de mesure et d’humilité. Sa démarche scientifique est celle du Trial & Error. On se documente, on expérimente, on tire des hypothèses ou des déductions de ses erreurs.

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Ici, point de savoirs pré-conçus, point de vérités fixes. Aucune doctrine. Et lorsque son Intelligence Artificielle commence à penser pour de bon, à poser des questions qui dérangent, à transgresser les interdictions, à douter du bien-fondé de certains protocoles, Finch comprend que son robot-fils ne deviendra réellement autonome que lorsqu’il pourra apprendre de ses erreurs et se forger sa propre personnalité. Son robot est peut-être son invention mais il ne restera pas sa créature, maniable et modelable à merci, en alternant infantilisation et peur. Alors oui, peut-être que voir Finch en pleine pandémie dans un monde pas encore post-apocalyptique mais qui semble craquer de partout n’était pas une bonne idée mais outre le plaisir de rouler à travers les paysages majestueux du Nouveau-Mexique (Shiprock, White Sands Desert…), ce film m’a rappelé les fondements de la science et de l’éducation, bien malmenés actuellement.

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5 novembre 2021 sur Apple TV+ / 1h55min / Science fiction, Drame
De Miguel Sapochnik
Par Ivor Powell, Craig Luck
Avec Tom Hanks, Caleb Landry Jones…

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