La critique super méchante : Belle, Mamoru Hosoda, 29 décembre

On a longtemps hésité avant d’écrire cette critique tant nous aimons d’habitude les titres distribués par Wild Bunch et défendus par Games of Com. Nous avions aussi très envie de découvrir et d’apprécier ce film qui a bénéficié d’un large buzz positif. Il a tout de même été ovationné 15 minutes au dernier festival de Cannes avec une salle de spectateurs débout (la fameuse standing ovation). Mais, vu notre agacement tout au long de la projection, aucun doute possible, Belle serait livré en pâture pour la prochaine fournée de critique super méchante.

Procédons avec méthode. Tout d’abord, le scenario, mince comme du papier à cigarette, ne nous a pas emballés. Une adolescente mal dans sa peau trouve refuge dans un monde virtuel où son alter ego, une mystérieuse chanteuse, devient très populaire. Alors que de nombreux critiques vantaient la qualité des décors, le mélange à la fois kitch, kawaï et robotique ne nous a pas conquis. Certes, le monde virtuel U fourmille de détails, d’avatars étranges aux couleurs chatoyantes mais la manière de visualiser les interactions dans cet univers régi par les réseaux sociaux est à la fois datée et traditionnelle (les flux d’informations sont matérialisés par des traits rappelant des circuits électroniques), la superposition de messages chats ou de posts donne un rendu souvent à la limite de la laideur.

Aucune logique ou cohérence dans le lien entre avatar et personne réelle, d’après la voix off qui scande l’entrée de Suzu dans U, les données biométriques servent à l’interface virtuelle pour créer l’avatar, c’est ainsi que Belle possède les taches de rousseur et la voix enchanteresse de Suzu. Comment expliquer alors que des êtres humains deviennent des animaux anthropomorphiques voire des créatures encore plus délirantes ?

Ensuite, si la relation entre Belle et la Bête constitue un hommage aux classiques du genre (mis en image dans des styles variés par Cocteau et Disney), ici, elle manque cruellement de panache et de romantisme. Certes, l’enjeu est ailleurs : il s’agit de se dépouiller de ses habits de gala virtuels pour révéler son identité et enfin toucher le cœur de l’autre en étant vrai mais alors pourquoi avoir fait de Suzu une personne complexée qui ne peut retrouver sa voix que lorsqu’elle est adulée par des millions de followers ? Ce mélange des genres ou plutôt cette modernisation du conte ne convainc pas surtout lorsque dans la 2e partie vient s’y greffer une sordide intrigue de violence domestique.

Au final, on a l’impression que Belle brasse énormément de thèmes dans l’air du temps : les réseaux sociaux qui supplantent les relations réelles, le cyberharcèlement, la violence des haters qui s’érigent en juges sans en avoir la légitimité, l’intelligence artificielle, les parents débordés ou absents… Les implications morales sont bancales. L’enfant battu – devenu Bête – est-il destiné à devenir lui-même violent, ne peut-il échapper à son déterminisme familial ? La rédemption ne peut-elle venir que de la pitié d’une nana populaire en ligne ? Mais pourquoi diable Belle chevauche-t-elle une baleine ? L’incompréhension est telle que Mister Geek, d’habitude aussi policé qu’un Veuf Noir finit par s’écrier : « Mais pourquoi se met-elle maintenant à ‘chier’ des lucioles? » (en référence à la superbe scène « émouvante » où s’allument plein de petites lumières)

Peut-être que les adolescents y trouveront leur compte, en tout cas, les adultes (un brin réacs et vieux jeu) qui ignorent le politiquement correct, The Voice (c’est Louane qui chante dans la version française), et Tik Tok auront l’impression d’être complètement largués, un peu comme Carrie Bradshaw dans le premier épisode de And Just Like That, la suite de Sex and the City. Belle, un film dans l’air du temps, pour djeunes comme il faut !

29 décembre 2021 en salle / 2h02min / Animation, Science fiction, Aventure
De Mamoru Hosoda
Par Mamoru Hosoda
Avec Louane Emera, Kaho Nakamura, Koji Yakusho
Titre original Ryu to Sobakasu no Hime

 

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