La symphonie des arbres, Hans Lukas Hansen, 15 décembre 2021

Drôle de film que cette Symphonie des arbres. A mi-chemin entre le documentaire et la fiction, ce film, très écrit, s’intéresse à un talentueux luthier, Gaspar Borchardt, qui à la fin de sa carrière, se lance dans une quête éperdue : trouver un bois comparable à celui utilisé par Antonio Giacomo Stradivari pour créer ses célèbres stradivarius, des violons dont la valeur monétaire est aujourd’hui estimée à plusieurs dizaines millions d’euros.

On pourrait croire au début du film que Gaspard n’est motivé que par l’argent mais bientôt, la caméra à la fois experte et discrète du réalisateur, qui s’immisce dans la vie familiale du luthier en en saisissant toutes les joies, hésitations ou pesanteurs, révèle que cet homme, en apparence tranquille, est habité par un désir qui le ronge depuis plusieurs années. Amoureux de la matière qu’il travaille chaque jour depuis plus de 35 ans, en compagnie de son épouse, avec qui il partage atelier et même métier, Borchardt regrette de n’avoir pu égaler la perfection d’un Stradivari.

Il se lance donc dans une quête éperdue, sachant que le temps lui est désormais compté. Habitant Crémone comme son vénérable maître, il se rend dans les forêts de Bosnie afin de trouver un érable moiré. Sans jamais verser dans le comique de bas étage, le film s’amuse de la confrontation de Gaspard, si calme et distingué, avec les gros bras des Balkans. L’odyssée de Gaspard se peuple de personnages hauts en couleurs, de Bojan, intermédiaire bienveillant mais suffisamment costaud pour éviter tout ennui, à Samir, revendeur louche qui risque de faire capoter la transaction tant espérée.

On a parfois l’impression que les traits sont un peu forcés, surtout quand on assiste à une scène où Bojan et Gaspard s’arment tels des GI Joe prêts à en découdre avec quiconque se mettrait en travers de leur chemin. Le réalisateur semble aussi avoir voulu insuffler un peu de suspense via des rebondissements qui n’en sont finalement pas, ou en laissant planer le doute quant à la véritable nature du lien qui unit Gaspard à la concertiste Janine Jansen. On s’étonne aussi de l’obsession du luthier pour cette forêt, minée, dont les troncs d’arbre sont probablement abîmés par les balles et le shrapnel, comme s’il était impossible de trouver l’écorce reine ailleurs (il existe des érables moirés en Suisse, en Roumanie…)

On aurait aussi aimé peut-être en savoir plus sur les aspects techniques du travail de luthier et ne pas se contenter de ces considérations presque magiques, tout au moins ésotériques, sur l’énergie de certains violons. Néanmoins, ce film original se regarde avec plaisir, les paysages et les extraits de concerts filmés sont magnifiques et La symphonie des arbres a le mérite de mettre en lumière un métier d’art peu connu.

15 décembre 2021 en salle / 1h30min / Documentaire
De Hans Lukas Hansen
Par Hans Lukas Hansen, Christian Lysvåg
Titre original : The Quest for Tonewood

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