Retourner à Sölöz, Serge Avédikian, 17 novembre

Retourner à Sölöz est la quête d’un homme hanté. Sur plusieurs décennies, l’acteur Serge Avédikian visite Sölöz, le village de ses grands-parents. Il est le descendant d’Arméniens, et sa trajectoire à lui, en France, est aussi la conséquence de leur passé, à eux. Ce documentaire tout en retenue, filmé dans un somptueux blanc et noir, est construit tel un carnet de voyage. Situé à 170 km au sud d’Istanbul, Sölöz attire irrémédiablement Serge Avédikian. Au fil des rencontres, des amitiés qu’on croirait presque contre-nature, en tout cas à rebours de ce que l’on attendrait, il parfait sa connaissance, au début parcellaire, du pourquoi et du comment.

L’acteur-réalisateur est animé d’un double mouvement, il souhaite à la fois comprendre et réparer. Mais le temps – et aussi malheureusement les aléas politiques d’une Nation en pleine mutation – jouent contre lui. Comment préserver les derniers vestiges de la mémoire face à des individus qui préféreraient tout effacer pour davantage de tranquillité d’esprit ? Dans sa manière d’aller à la rencontre des descendants des conquérants, qui ont dépossédé les Arméniens de leurs terres et maisons en 1922, Avédikian s’inspire du dialogisme de Mikhaïl Bakhtine : ce film-enquête devient choral et donne à entendre les voix de musulmans qui étaient eux-mêmes des déplacés, de Bosnie ou de Grèce.

Cette polyphonie compose une image plurielle de la Turquie aujourd’hui, de plus en plus tentée par les conservatismes (religieux, politiques) tout en regrettant de ne pas faire partie de l’Europe. Cette vision éclatée du pays mais aussi du traumatisme initial est renforcée par le montage qui intègre des séquences des films et voyages précédents à Sölöz, réalisés en 1987, 2003 et 2005. Le constat est inquiétant : les femmes – autrefois curieuses et accueillantes – ont complètement disparu des rues et les tentatives de sauvegarde et de mise en valeur du patrimoine architectural arménien semblent toutes vouées à l’échec.

Pour autant, malgré ce triste constat, ce documentaire est résolument lumineux. Certes, Serge Avédikian souligne la part de responsabilité de certains habitants – comme le maire ou les chasseurs de trésors – de faire disparaître la mémoire : les tombes sont détruites ou vendues, les maisons, démolies… Mais, ses questions entêtées sont autant de mains tendues pour conserver intact le fil tenu du dialogue entre les générations et les peuples. Après Nous avons bu la même eau (également distribué par Les Films d’Ici), un très beau film sur la mémoire historique et le désir de vérité.

17 novembre 2021 en salle / 1h05min / Documentaire
De Serge Avédikian
Par Serge Avédikian

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1 réponse

  1. 27 novembre 2021

    […] La critique du film est à lire ici. […]

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