Même les souris vont au paradis, Jan Bubenicek, Denisa Grimmovà, 27 octobre

Comment parler de la mort aux enfants ? En tant que parent, et qui plus est depuis la pandémie et son cortège d’images et de protocoles anxiogènes, on est souvent confronté à leurs questions sur ce sujet. Si la mort est de plus en plus occultée dans nos sociétés toutes entières dévouées au culte de la consommation et des corps jeunes, il n’empêche qu’elle se rappelle à nous, qu’on le veuille ou non. Même les souris vont au paradis est un magnifique film en cette période de Toussaint. Parce que ce long métrage d’animation en stop-motion parle de la mort avec des mots simples et apaisants, parce qu’il dédramatise le trépas, parce qu’il en fait un passage vers autre chose, un moment qui enrichit bien qu’il signifie aussi une fin. Soit deux anti-héros : une souris toujours prompte à fanfaronner depuis la mort de son père en héros et un renardeau timide qui n’aime pas chasser. L’une, pour épater la galerie, va provoquer la mort de l’autre, et périr en même temps. Les deux animaux se retrouvent au paradis. Et c’est là que démarre véritablement le film avec une description du paradis comme un lieu à la fois ressemblant à la terre et complètement différent.

Sans jamais faire de prosélytisme, le film qui est une adaptation du roman éponyme d’Iva Procházková, emprunte à plusieurs spiritualités. Le paradis est d’abord le lieu où toutes les différences – de taille, de poids, d’instincts – sont abolies. La mort est la grande égalisatrice. Aux bains, chaque animal se débarrasse de ses griffes et de ses crocs. Puis, au parc d’attractions, on se détend afin de relativiser ses mauvais souvenirs et oublier les expériences éprouvantes. Et enfin dans le ventre d’une baleine qui recèle un superbe théâtre à l’italienne, sorte de caverne platonicienne, on revoit le film de sa vie. Les animateurs de marionnettes et ceux qui ont retravaillé certains décors ou scènes d’action comme celle dans le tunnel ont soigné chaque détail, à tel point que même si ces différents univers sont peuplés d’animaux anthropomorphiques, ils apparaissent très réels, le comble pour un film censé se dérouler au paradis !

Les personnages sont très attachants et drôles, mention spéciale au perroquet blanc, un Monsieur Loyal somme toute Grand Manipulateur, qui entraîne les deux ennemis – devenus amis un peu par la force des événements – vers leur destinée finale. Porté par la poésie et la magie de cette odyssée aux confins du temps et de l’espace, on ressort de la projection le cœur léger, avec l’envie de croquer l’existence à pleines dents. Présenté à Annecy, cette coproduction européenne en partie tournée dans les mythiques studios Barrandov (Yentl, Amadeus, The Bourne Identity…) est vraiment une réussite et notre gros coup de cœur de ces vacances.

27 octobre 2021 en salle / 1h26min / Animation, Famille
De Jan Bubenicek, Denisa Grimmovà
Par Alice Nellis, Richard Malatinský
Avec Marie Nonnenmacher, Vincent De Bouard, Jérôme Pauwels

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