La déesse des mouches à feu, Anaïs Barbeau-Lavalette, 10 novembre en salles

La Déesse des mouches à feu est l’adaptation éponyme du roman à succès de Geneviève Pettersen publié en 2014 au Canada. Plongeant le spectateur dans l’ambiance grunge des années 90’s, le film suit une bande de lycéens, adeptes de skate et de Kurt Cobain, qui sombrent peu à peu dans l’enfer de la drogue. Anaïs Barbeau-Lavalette signe un film très sensoriel et inspiré, qui réussit à éviter les écueils du voyeurisme malgré le thème assez trash.

La caméra colle littéralement à la peau de Catherine, son héroïne phare, la bien nommée déesse des mouches à feu, qui d’étrangère au groupe, devient rapidement l’aimant qui attire à elle tous les insectes en perdition, les cimentant et les amalgamant dans un tout où les identités individuelles finissent par se fondre jusqu’au drame final.

crédit Laurent Guérin

La drogue fait perdre les repères : temporels, spatiaux mais aussi sociaux. Dans cette fuite en avant communautaire, chaque adolescent a une pseudo raison de se droguer : le divorce des parents pour Catherine, le manque de confiance en soi pour Mélanie… Mais La déesse des mouches à feu s’attarde davantage à montrer les ressentis, les états modifiés de conscience qu’elle retranscrit à l’écran via un travail synesthésique remarquable sur le son et la lumière, qu’elle ne cherche à délimiter un cadre familial ou social. Si le film s’inscrit bien dans une réalité québécoise – par ses dialogues, ses jurons (osti, calisse !) et ses paysages – il touche à l’universel dans sa manière d’aborder les enjeux propres à l’adolescence : découverte de la sexualité, acceptation par le groupe, recherche d’identité

Catherine n’est pas une héroïne à laquelle on s’attache facilement, son narcissisme, sa bêtise parfois, peuvent agacer le spectateur – notamment adulte – mais le choix de réalisation de la filmer plein écran, au plus près de la caméra, tel un soleil noir qui irradie et absorbe tout (Chris Cornell de Soundgarden ne chantait-il pas Black Hole Sun en 1994, l’année même du suicide de Kurt Cobain à 27 ans ?) est justement ce qui confère à ce film une tonalité magique. Même pour ceux qui n’ont pas atteint l’âge adulte au milieu des années 1990 et qui du coup, ne comprendront pas toutes les allusions à l’époque (de Courtney Hole – veuve de Cobain – à Pulp Fiction), La déesse des mouches à feu se révèle un témoignage à la fois juste et poignant sur la difficulté d’être durant ce drôle et mystérieux âge ingrat. L’excellente direction d’acteurs, tous très bons, et la bande-son détonante, de David Bowie (Rock ‘n’ Roll Suicide) à The Breeders (Do you love me now ?) en passant par des groupes québécois moins connus par ici (Me Mom and Morgentaler, Le Trouble) contribuent aussi à la réussite de ce film québécois, primé 7 fois aux Gala Québéc Cinéma et très bien reçu lors de sa projection dans la catégorie Génération lors de la 70e édition du festival international du film de Berlin en 2020.

10 novembre 2021 en salle / 1h45min / Drame
De Anaïs Barbeau-Lavalette
Par Catherine Léger, Geneviève Pettersen
Avec Kelly Depeault, Eléonore Loiselle, Marine Johnson, Normand D’Amour, Robin L’Houmeau…

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