Avec un sourire, la révolution ! d’Alexandre Chartrand, en salles le 15 septembre

Il aura fallu un jeune réalisateur québécois, Alexandre Chartrand, pour filmer au plus près les différents acteurs de la révolution initiée par les parlement catalan et une grande majorité du peuple catalan après le vote le 6 septembre 2017 pour un référendum sur l’indépendance de la région.  Dans les médias européens, on aura surtout entendu le nom de Carles Puigdemont, président de la Generalitat, aujourd’hui en exil mais Chartrand a également filmé d’autres hommes et femmes politiques comme Jordi Cuixart, président de l’association culturelle barcelonaise Omnium Cultural, ou Jordi Sànchez i Picanyol, président de l’Assemblée Nationale Catalane, qui ont tous deux écopé d’une sentence de 9 ans de prison ferme pour sédition et rébellion. Depuis la projection du film dans divers festivals, dont le RIDM (Rencontres internationales du documentaire de Montréal) où il a remporté le prix Magnus-Isacsson, le gouvernement central espagnol a rétropédalé en juin dernier, et fait libérer les différents indépendantistes qui purgeaient des peines.

Carles Puigdemont

Amnesty International, mais aussi le groupe de travail de l’Onu sur la détention arbitraire, et d’autres institutions défendant la liberté d’expression ont fait pression sur Madrid pour que le Roi et le Parlement accordent l’amnistie aux prisonniers mais, dans un savant calcul politique, le gouvernement a choisi le pardon, los « indultos », une manière d’asseoir son pouvoir tout en se montrant magnanime, les inculpés sont graciés mais la dimension criminelle des actes qui les ont conduit en prison n’est pas remise en cause. Avec un sourire, la révolution ! fait suite à un précédent film, Le Peuple Interdit, sur les tentatives d’émancipation du peuple catalan de la tutelle madrilène; l’intérêt du réalisateur pour cette thématique n’est donc pas nouveau. Et le principal atout de ce film partisan est sa connaissance du terrain et des principaux intéressés. Chartrand ne cache pas sa profonde amitié et son admiration pour les hommes et femmes qui ont porté (et qui continuent de soutenir) le mouvement indépendantiste en Catalogne, il l’annonce, comme un préambule, au début du film avec une citation d’Albert Camus : « L’objectivité n’est pas la neutralité. L’effort de compréhension n’a de sens que s’il risque d’éclairer une prise de parti. »

Jordi Cuixart jette un bulletin de vote dans les airs.

Et donc, Chartrand, suit, la foule, les leaders des différentes coalitions sécessionnistes, et filme, caméra à la main. Il essaie de coller au plus près des événements, saisit les mouvements d’humeur des uns et des autres, la liesse populaire, les espoirs écrasés par l’intervention de la Guardia Civil, emblème d’une force inique déployée depuis Madrid, puis, le cache-cache des militants, jeunes et moins jeunes comme ces nonagénaires qui ont connu le dictateur Franco et qui aujourd’hui s’amusent de berner les agents de la répression en dissimulant des urnes.

Filmé chronologiquement tel un lent compte à rebours, depuis l’interdiction du référendum par Madrid jusqu’au moment fatidique du vote, Avec un sourire, la révolution ! porte bien son nom. La fluidité des images, l’enthousiasme des personnes filmées et de l’équipe technique, la résolution placide des témoins tels Sergi López qui ont conscience de vivre un moment historique, qui fait jonction entre les premières heures de la constitution espagnole en 1978 et un avenir démocratique encore à construire, tout cela concourt à donner un aspect ludique, à la fois au film et aussi invraisemblable que celui puisse paraître aux événements.

Pendant plusieurs mois d’une mobilisation populaire qui n’a jamais faibli, et cela malgré les menaces de répression, les attaques en tout genre contre la liberté d’expression (perquisitions au siège de journaux, d’imprimeries), le peuple catalan a beaucoup ri, dansé, chanté. A travers le regard de Chartrand, le mouvement pour un référendum sur l’indépendance de la Catalogne apparaît tel un immense pied de nez festif et démocratique aux pouvoirs en place. Aucune violence, on peut revendiquer et manifester avec le sourire, la patience et la joie sincère. C’est certainement cet aspect là, peu montré ailleurs, qui rend le film si émouvant.

Quel que puisse être la position du spectateur sur les velléités d’indépendance du peuple catalan, le décalage entre le pacifisme des manifestants pro-autodétermination et l’escalade de violence liberticide dans les représailles de la part du gouvernement espagnol interroge quant à la dimension réellement démocratique de certains pays européens… Et alors que le bruit des bottes résonne de plus en plus dans les rues de nombreuses capitales, que des pays comme la France sont classés 34e (la Norvège arrive première) en termes de liberté d’exercice pour les journalistes et la presse, qu’un projet de référendum d’initiative populaire visant à sauver l’hôpital et recueillant le soutien de plus de 200 députés et sénateurs est invalidé par le Conseil Constitutionnel, que des manifestants se retrouvent éborgnés ou une infirmière traînée à terre, la vision militante de Chartrand, ancrée dans une tradition de cinéma direct, apparaît plus que jamais nécessaire.

15 septembre 2021 en salle / 1h37min / Documentaire
De Alexandre Chartrand
Par Alexandre Chartrand
Avec Sergi López, Carles Puigdemont, Mireia Boya, Lluís Llach, Sergi López, Jordi Cuixart, Quim Arrufat…

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