Mission Paradis (Come as you are), Richard Wong, en salles le 2 juin

Quand Mensch Agency nous a proposé de découvrir Mission Paradis, remake nord-américain du film belge Hasta la Vista réalisé par Geoffrey Enthoven en 2011, on a hésité. D’abord parce que les remake ne sont pas toujours réussis. Ensuite, parce que le sujet du film initial – le roadtrip d’un handicapé qui souhaite perdre sa virginité dans un bordel faute de pouvoir nouer une relation sentimentale – pouvait, s’il était mal adapté, donner lieu à des situations racoleuses ou glauques. Mais, quand on a vu la liste des acteurs au casting, nous avons finalement souhaité lui donner une chance qui s’est avérée amplement méritée ! On retrouve donc au générique Grant Rosenmeyer, ex-enfant star dans la sitcom Oliver Beene et dans The Royal Tenenbaums de Wes Anderson. Il y a aussi Ravi Patel, acteur multi-facettes qui avait écrit et réalisé Rencontrez les Patel, Prix du Public du Meilleur documentaire au LA Film Festival. Comme il fallait bien une femme de choc pour accompagner les lascars sur la route, on a fait appel à Gabourey Sidibe qui avait remporté plusieurs prix pour son interprétation dans Precious.

© StarInvest Films

Mission Paradis et avant lui donc, Hasta la Vista, s’inspirent de la vie d’Asta Philpot atteint d’arthrogrypose, une maladie congénitale qui réduit ses mouvements. Asta est un militant qui défend le droit des personnes handicapées à avoir une vie sexuelle active. Le film montre très bien que les personnes atteintes de handicap, qu’il soit visuel comme le personnage de Mo, ou moteur comme Scotty ou Matt, tous deux cloués dans des fauteuils roulants, sont prisonniers d’une routine orchestrée par leurs parents et les thérapeutes censés les accompagner. Surprotégés – y compris quand ils ont dépassé la trentaine – ne fréquentant que des structures accueillant d’autres handicapés, ils n’ont guère le temps ou l’occasion de nouer une relation humaine débouchant sur une relation physique. Au delà des besoins sexuels exprimés par les trois principaux protagonistes, Mission Paradis est donc d’abord le récit d’une incroyable odyssée. Scotty, Mo et Matt, chacun pour différentes raisons, ont tous les trois envie de changer d’air.

Grant Rosenmeyer, Janeane Garofalo © StarInvest Films

La première partie du film prend le temps de cerner la personnalité et le comportement des personnages dans leur environnement naturel. Scotty, en apparence le plus sévèrement atteint (ses bras et ses mains sont également immobilisés), est aussi le plus déterminé, hargneux parfois, puisant dans sa colère l’énergie qui lui permet d’affronter les obstacles. Mo, davantage résigné, est aussi plus philosophe, à l’écoute des autres, qu’ils soient en situation de handicap ou valides. Quant à Matt (Hayden Szeto, parfait) surnommé Musclor, c’est l’homme mystère. Séduisant, récemment arrivé au centre de rééducation, il est avare de paroles, même lorsqu’on le repousse dans ses retranchements. Les scènes d’exposition campent le décor mais permettent aussi à nous, spectateurs valides, de comprendre les motivations et justifications derrière ce voyage aux implications morales complexes.

Ravi Patel, Gabourey Sidibe, Grant Rosenmeyer et Hayden Szeto, © StarInvest Films

La 2e partie du film transporte donc nos héros sur la route à bord d’un van conduit par une conductrice au début mutique, puis partie prenante de l’escapade finalement pas si bien organisée. Car le road-trip est aussi une course poursuite pleine de gags hilarants : il faut semer les parents lancés aux trousses d’handicapés sortis du rang. In fine, ce film servi par des dialogues à la fois émouvants et drôles, est une ode à la liberté. Peu importe si Scotty, Matt et Mo trouveront leur compte dans la maison des plaisirs montréalaise où ils se rendent en traversant les USA, l’important n’est pas la destination mais le trajet effectué. Les films où les personnages grandissent le long de l’intrigue sont rares et Mission Paradis est l’un de ceux-là. Le spectateur s’attache durablement à ces trois personnages, parfois agaçants (Scotty), pathétiques (Mo) ou admirables (Matt). A la fin, aucun des trois n’est plus le même, mais cela n’a rien à avoir avec leur virginité. Libérés du carcan familial et surtout du regard normatif de la société, ils ont enfin pu prendre conscience de leurs pleines possibilités, devenir ce qu’ils devaient être. Si le final nous tire des larmes, le spectateur est heureux d’avoir pu prendre part à une telle aventure humaine.

© StarInvest Films

2 juin 2021 / 1h46min / Comédie
De Richard Wong
Par Erik Linthorst
Avec Grant Rosenmeyer, Hayden Szeto, Ravi Patel, Gabourey Sidibe
Titre original : Come As You Are

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