Restless river, la rivière sans repos, Madeline Ivalu et Hélène Cousineau, Festival Films de Femmes de Créteil

Étrange film que cette rivière sans retour tournée au cœur des âpres mais magnifiques paysages du pays inuit. Agrémenté de longs travellings qui saisissent l’immensité de ces territoires encore sauvages, Restless River n’épouse aucun véritable point de vue, ce qui ne manque pas de laisser le spectateur en proie à une certaine confusion. Le récit débute avec la séduction puis l’abandon d’une jeune fille inuk violée par un soldat nord-américain résidant dans la base militaire toute proche. Les 20 premières minutes plantent le cadre : les populations autochtones sont ballottées entre l’assimilation imposée par les familles de colons paternalistes issus de la haute-bourgeoisie québécoise et les fausses promesses de liberté incarnées à travers le cinéma hollywoodien, le chewing-gum, le jazz, tous vecteurs de l’impérialisme nord-américain. De l’union violente et forcée entre Elsa et le jeune militaire naîtra Jimmy, petit garçon métis et lumineux, aussi blond que son père et aussi épris de Nature que sa maman.

On pourrait croire qu’à partir de ce moment là, le point de vue épousé serait celui de l’enfant, qui grandit étranger dans sa propre tribu, insouciant de l’identité de son père bien que différent de tous ses camarades de jeu. Mais, pas plus que le début du film ne montrait la réalité à travers le regard d’Elsa (superbe Malaya Qaunirq Chapman), la suite du récit sera celle d’un observateur extérieur qui semble survoler chacun des événements présenté sans jamais prendre parti ou même ressentir la moindre émotion. Peut-être que cet étrange sentiment de distanciation avec les personnages et les tragiques événements qui les frappent tient à la forme prise par la réalisation. Restless River est issu d’un duo, la réalisatrice et vidéaste montréalaise Marie-Hélène Cousineau, qui a emménagé en 1991 à Igloolik au Nunavut, et la réalisatrice et aînée Madeline Ivalu, spécialiste de la langue inuit et représentante de sa Nation. De cette rencontre et fructueuse collaboration sont issus de nombreux documentaires et l’on appréciera, dans Restless River, le soin apporté à la reconstitution d’une époque (de l’après-guerre aux années 1970) et de modes de vie aujourd’hui presque disparus.

En dépit de la qualité de l’interprétation et de la beauté plastique du film, l’absence de véritable point de vue nuit au récit. Par ailleurs, à bien y réfléchir, le cheminement humain et « féministe » d’Elsa semble aller de pair avec le reniement de ces origines ou tout au moins la condamnation implicite du mode de vie traditionnel incarné par le nomade Isaki. C’est lorsqu’elle part vivre avec son grand oncle Isaki que Jimmy tombe malade. C’est lorsqu’elle s’éloigne de l’Église que son fils est soudainement en danger. Jamais on ne ressent l’ampleur des drames qui se jouent. Les figures du colonialisme, le pasteur en tête, sont toujours dépeintes comme désireuses de bien faire, l’envoi de Jimmy au pensionnat (l’éducation obligatoire qui n’était ni plus ni moins qu’un levier d’assimilation forcée) est évacuée en un fondu en noir alors que de nombreux autres films réalisés par des autochtones ont montré le traumatisme que ces séparations forcées ont généré.

Malgré tout, le charme agit. En grande partie grâce à l’alchimie qui existe entre le jeune acteur et sa mère à l’écran. Malgré ses ambiguïtés formelles (et peut-être idéologiques), Restless River est le magnifique portrait d’une relation mère-fils à toute épreuve et à ce titre, ce film mérite d’être découvert.

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