Je m’appelle humain, de Kim O’Bomsawin, 2020, en VOD

Je m’appelle humain est le portrait de la communauté Innue à travers l’itinéraire humain et intellectuel de la poétesse Joséphine Bacon. Comme d’autres petites filles autochtones avant elle, Joséphine Bacon a connu le déracinement, la scolarisation forcée dans l’internat religieux, loin de sa famille, et la difficulté de vivre son identité dans un Québec autrefois entièrement tourné vers l’assimilation des Premières Nations. A l’âge adulte, ce fut l’itinérance, dans les rues de Montréal, la recherche d’abris de fortune – elle revient ainsi à l’emplacement d’un garage où elle passait de nombreuses nuits – mais toujours, cette femme formidable a gardé le sourire et l’optimisme. De ces années en tant que Sans Domicile Fixe, Joséphine dit que ce n’était pas une « itinérance déprimante. » A la voir radieuse et super rigolote, marcher dans le Montréal contemporain gentrifié sur les traces de son passé, se rappeler des soirées arrosées en compagnie d’autres beatniks au bar La Paloma,  on se dit qu’elle devait être une sacrée compagne de route.

Dans le documentaire de la réalisatrice abénakise Kim O’Bomsawin, on contemple des gratte-ciel (que Joséphine croyait n’être que des décors de films à son arrivée dans la grande ville), des caribous traversant la rivière, filmés plusieurs décennies auparavant, des images d’archives, saisissante photo du navire qui emportait les petites filles loin de leur village natal, cernées par un religieux goguenard et un marin à l’air plus renfrogné. Il y a beaucoup d’ironie dans les mots de Joséphine. Elle toujours tenté de voir le meilleur d’une situation. A propos de l’obligation imposée aux élèves scolarisées au pensionnat d’assister à la messe les mardi, jeudi et samedi, elle rétorque à son amie : « Mais dans d’autres pensionnats, c’était pire, c’était tous les jours. » Celle qui a très tôt griffonné tout ce qui lui passait par la tête sur des bouts de papier, des coins de nappe, ne s’est jamais vraiment prise au sérieux. Sûrement la marque – avec l’humilité – des véritables sages et artistes. Découverte presque par hasard, elle a enchaîné les succès à la fois littéraires et cinématographiques -elle a réalisé plusieurs films sur les Innus – avec le même désir de transmettre et jamais de posséder (malgré les titres et les récompenses accumulées). Joséphine Bacon est une passeuse : de mots, de sensations, de mémoires.

A ce titre, Je m’appelle humain est un film collectif. Comme l’explique Joséphine, elle marche dans les pas des anciens mais elle traverse aussi les contrées habitées par Papakassik, le maître caribou ou la truite grise. Joséphine dit plusieurs poèmes en français en en innu, elle dont les ouvrages sont publiés dans des éditions bilingues. Le très beau Je suis libre / Sur la terre de Papakassiku / Je suis libre / Dans les eaux de Missinaku / Je suis libre / Dans les airs où Uhuapeu trace une vision / Je suis libre là où Uapishtanapeu / Conserve le feu de mon peuple / Je suis libre / Là où je te ressemble, est un condensé du chemin de vie de Joséphine. Esprit libre et profondément indépendant, elle n’en demeure pas moins une femme forte de ses liens, avec la Terre nourricière, avec ses aïeuls ou parents innus de substitution, ses amies de pensionnat, les anthropologues pour lesquels elle a travaillé en tant que traductrice, les réalisateurs et réalisatrices qui ont aidé à une meilleure compréhension des Peuples Premiers Canadiens (Arthur Lamothe et maintenant, Kim O’Bomsawin ) et bien entendu ses lecteurs… Je m’appelle humain vient de remporter le Prix collégial du cinéma québécois 2021. Il avait déjà été auréolé de nombreuses récompenses (VIFF : Meilleur documentaire canadien 2020; CIFF : Meilleur documentaire canadien & Prix du Public 2020 et Cinefest Sudbury International Film Festival – Prix du Public 2020) Disponible en VOD (plateformes des Alchimistes, Universciné, Les mutins de Pangée, Cinecenik, Lovemyvod), c’est un magnifique portrait de femme et un joli voyage en terre Innue.

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