Radioactive, Marjane Satrapi, en ce moment sur la plateforme La25EHeure.

Drôle de biopic que ce film larmoyant et moralisateur consacré à l’une des figures scientifiques féminines les plus célèbres, la chimiste et physicienne Marie Curie. Réalisé par Marjane Satrapi que l’on avait connue plus inspirée et légère, Radioactive est problématique à divers titres. D’abord, il endosse un parti-pris extrêmement critique vis à vis des recherches du couple Curie. Le film est rythmé par des allées et venues incessantes entre un présent diégétique – le quotidien de Marie Curieet des périodes du passé plus proches de nous, Hiroshima, les essais atomiques dans le Nevada des années 1960 ou la catastrophe de Tchernobyl, événements mis en images pour illustrer la dangerosité des applications issues de la découverte du radium.

La photographie de ces séquences esthétiquement très léchées est froide avec des tons majoritairement bleutés ou verts, renforçant la dimension clinique du biopic, sorte d’écrin pour un esprit passionné mais parfois aussi – notamment dans ses rapports à l’autre – tranchant comme la mort. Il y a dans l’existence même de ces projections dans le futur une erreur majeure qui ne relève pas uniquement de la forme employée. Dans l’adaptation cinématographique d’une biographie, on peut toujours faire des entorses à la réalité, afin d’accentuer le romanesque d’une existence. Ainsi, Satrapi choisit de placer le décès de Pierre Curierenversé par un charriot – un soir (c’est plus mélodramatique, cela permet de jolis effets avec les pavés et les reflets dans les vitrines) alors que cette disparition advint en plein après-midi. Soit. Mais, en reliant implicitement Hiroshima et la découverte initiale des Curie, elle commet un raccourci majeur. C’est Oppenheimer le père de la bombe atomique… pourquoi alors associer le couple au massacre des populations japonaises si ce n’est, semble-t-il, pour dénoncer toute substance radioactive comme dangereuse et faire ployer son héroïne sous le lourd fardeau de la culpabilité ?

Certains critiques ont jugé le film féministe. Certes, l’héroïne, très bien campée par Rosamund Pike, élégante, sobre et juste, tente de se faire un nom dans un milieu éminemment masculin et machiste. Dans cet énième biopic (en 2016 était sorti Marie Curie de la réalisatrice Marie Noelle qui succédait au classique et réussi Madame Curie de 1943), Curie est une passionnée qui refuse de sacrifier ses recherches au bonheur domestique de son mari malade (qui la supplie de passer quelque temps à la campagne avec lui), une ambitieuse qui désire sortir de l’ombre de Pierre et briller comme lui, et aussi une veuve qui retombe amoureuse et finit dans le lit de Paul Langevin, son assistant, marié.

Mais alors, pourquoi chacune de ces actions s’accompagne-t-elle d’un sentiment de culpabilité qui suinte de tous les plans à l’écran ? Pourquoi ces crucifix omniprésents ? Pourquoi cette musique, lourde et tragique ? Pourquoi ses quasi monologues où elle ne cesse de se justifier, auprès de sa sœur (qui la met en garde contre les rumeurs colportées par les autres femmes), mais aussi de sa fille, et enfin de son mentor présenté ici en adversaire, Gabriel Lippman qui était lui aussi, pour l’époque et le milieu, un esprit indépendant et original ?

Certes, la liaison qu’elle entretint avec Langevin – réfutée par les principaux intéressés – fit grand bruit à l’époque mais mérite – t-elle qu’on s’y attarde de la sorte ? pour souligner la solitude et le remords de Marie Curie ? Telle qu’elle est montrée à l’écran, on a l’impression que Marie couche avec Langevin pour la seule et unique raison qu’il était proche de Pierre, une manière de maintenir un lien avec le disparu en quelque sorte. Enfin, Satrapi creuse un peu plus le sillon sermonneur en présentant l’engagement de Curie dans la première guerre mondiale – comme responsable d’unités mobiles munies de matériel radiographique – comme une conséquence directe de son sentiment de culpabilité… Pas très reluisant pour une initiative pourtant héroïque et farouchement féministe. Il aurait mieux valu s’attarder sur le contexte culturel à peine esquissé avec l’évocation des danses de Loie Fuller. Et pourquoi un casting 100% britannique ? Entendre Katherine Parkinson, connue pour son rôle dans IT Crowd, la série pour nerds, proférer des insultes avec sa voix reconnaissable entre toutes, à celle qui lui a volé son mari, cela frise le ridicule. De ce film à la jolie photographie, on retient les interprétations de Rosamund Pike et Sam Riley qui forment un couple très cinégénique, les costumes et les décors reconstitués (même si tout a été tourné à Budapest et non Paris) et quelques scènes narrant la rencontre entre Pierre et Marie, portées par une grâce éphémère… Et l’on méditera les paroles prononcées par son fantôme de mari, en toute fin. Ce n’est pas la découverte scientifique ou technique qui est mauvaise mais l’usage qu’on en fait. « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme », la réalisatrice aurait dû s’en rappeler dès le début du film, Marie Curie méritait mieux que ça.

Disponible sur la plateforme salle virtuelle La25EHeure.

11 mars 2020 / 1h50min / Drame, Romance, Biopic
Date de reprise 22 juin 2020
De Marjane Satrapi
Avec Rosamund Pike, Sam Riley, Aneurin Barnard

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