Sélection Bouquins : Early Riser de Jasper FForde, Zic Zap et Zut (éditions Gründ), Fables et légendes japonaises (Ynnis éditions)…

Après un hiatus de près de deux ans qui l’a manifestement inquiété, comme il l’écrit lui-même dans ses remerciements au lecteur, l’auteur britannique Jasper Fforde revient avec un nouvel univers et un nouveau héros, qui espérons-le, se déclineront en franchise comme son héroïne phare, l’enquêtrice littéraire Thursday Next. Relativement peu connu en France, même parmi les amateurs de fantasy et de nonsense, Jasper Fforde bénéficie d’un véritable culte – mérité – outre-Manche. Ancien premier assistant opérateur dans l’industrie des films, il possède une vision purement cinématographique, très dynamique, et une jolie plume, qui donnent vie à des mondes loufoques, à mi chemin entre la dystopie et les Monty Pythons. Thursday Next était un délice pour les amateurs de littérature classique, tous ceux qui, dans leur jeunesse, avaient dévoré des milliers de pages de Shakespeare, de Milton, ou d’Emily Brontë. En effet, la mission de Thursday était de garantir l’inviolabilité et l’immuabilité des intrigues d’ouvrages du canon littéraire britannique. Elle était capable d’entrer physiquement dans un ouvrage relié ou broché et d’interagir avec les personnages, tous conscients de leur existence et bien décidés à ne pas disparaître dans la Sea of Words. Fforde s’amuse comme un petit fou avec ses mondes parallèles. Dans la série des Thursday Next, on communique avec des footnoterphones et des mobilefootnoterphones, en gros des téléphones de bas de page. Les monstres sont d’étranges créatures littéraires. Les bookworms prennent la forme d’asticots. Elles ont la particularité de changer chaque mot en un synonyme rendant, au fil des multiples modifications, le texte illisible ou tout au moins éloigné de la forme originelle voulue par l’auteur. Parmi les grammasites, on dénombre des adjectivores qui font disparaître toute description d’un livre et de nombreuses autres espèces mettant en péril l’architecture de l’ouvrage.

Les antagonistes des héros de Jasper Fforde sont généralement des émanations ou représentants officiels de grandes corporations : Goliath dans la série des Thursday Next ou HiberTech dans Early Riser. Tiens, c’est marrant, HiberTech et son remède miracle pour traverser l’hiver sans encombre, rappelle certaines firmes pharmaceutiques qui ont actuellement le vent en poupe. Imaginons qu’un dérèglement climatique n’ait entraîné l’avènement d’une ère glacière pour tout le continent européen. Outre la présence de mammouths, le gouvernement du Pays de Galles a mis en place une police de l’hibernation pour réguler les pratiques de sommeil des citoyens qui hibernent pendant la durée des grands froids jusqu’à l’arrivée du printemps. Les inégalités sociales persistent dans cette uchronie : les plus aisés sont en mesure de se procurer du Morphenox, un médicament produit et commercialisé par HiberTech, censé garantir un dodo sans rêve. Pourquoi vouloir se priver de rêves ? Parce que la société est toute entière régulée par une doctrine et des mesures sanitaires qui mettent en garde le citoyen contre la dangerosité des rêves. D’après cette grande corporation pharmaceutique qui refuse de mettre à disposition du public les brevets ou formules de ses produits – tiens, tiens, cela ne vous rappelle-t-il rien ? – les rêves sont nocifs car ils sont fauteurs de troubles. Ils vous empêchent de dormir en paix, ils peuvent vous tirer du sommeil avant l’arrivée du printemps, ils sont énergivores (alors que la moindre calorie doit être préservée pour traverser le froid) etc etc… Ne voyez pas dans Early Riser un pamphlet contre le capitalisme, Fforde s’amuse surtout à détourner les codes sociétaux contemporains pour pointer l’absurdité de nos politiques et initiatives pseudo citoyennes. Maître incontesté de la loufoquerie SF, Fforde se fera un plaisir de répondre à toutes vos questions en 2022, lors de l’annuelle Fforde Fiesta qui lui est consacrée chaque année par ses milliers de fans.

 

Éditeur :  Viking (12 février 2019)

Langue : Anglais

Relié : 416 pages

Ynnis édition s’est spécialisé dans les cultures geek et qui dit cultures geek, dit forcément Japon. Après Hommage à Hayao Miyazaki, Un cœur à l’ouvrage publié en novembre dernier, on découvre Fables et légendes japonaises qui seront disponibles en librairie le 10 février prochain.

Ce recueil est écrit et illustré par Ippei Otsuka, également auteur de Conte de la Princesse Kaguya, adapté de la légende éponyme qui fut mise en images au cinéma par Isao Takahata en 2013. Otsuka ne se contente pas de raconter sa version des célèbres récits mythiques qui mettent en scène des héros aussi différents que le pêcheur Taro Ushima, Son Goku le singe voyageur (le pendant japonais du roi des Singes chinois), Issunboshi le plus petit samouraï du monde ou Momotaro l’enfant sorti d’une pêche, pour n’en citer que quelques uns…

Ippei Otsuka conclut ses récits par une mise en perspective à la fois étymologique (il revient sur l’origine de plusieurs mots ou expressions clefs renvoyant à des lieux ou des personnages historiques ou fictifs), culturelle (il relie chacune des légendes aux fêtes célébrées au Japon comme le festival de Tanabata) et littéraire (il mentionne les similitudes entre les héros japonais et d’autres personnages de la littérature mondiale, Oisín du Tir Na Nog irlandais, Tom Pouce, les Tommyknockers…)

L’ouvrage comporte aussi un glossaire des différents mots japonais utilisés dans les récits, ce qui en facilite la lecture. Le souci d’explicitation de l’auteur qui a pris la peine de lister les différentes versions ou origines des contes fait l’originalité de ce livre qui deviendra sans nul doute un incontournable pour tout amateur de contes et légendes du Japon s’intéressant aussi au patrimoine mythologique mondial.

 

Éditeur : Ynnis Édition (10 février 2021)
Langue : Français
ISBN :978-2-37697-201-3
Prix : 12,95 euros.

On accueille de nouveaux personnages aux éditions Gründ : un trio de suricates fous fous fous ! Ils s’appellent Zic, Zap et Zut et ont chacun un tempérament bien trempé. Zap est l’artiste de la fratrie. Toujours en train de peindre, de sculpter ou de dessiner. Malheureusement pour elle, c’est aussi un tête de linotte. Toujours dans les nuages, elle a la mémoire d’un petit moineau ! L’hyperactive Zic adore bouger, jouer et surtout s’amuser ! Avec elle, « ça va twister! » Quant à Zut, il aime bien son petit confort et c’est souvent « jamais de la vie » mais au final, il se laisse entraîner dans les aventures délirantes de ses 2 sœurs.

Gilles Abier et son illustratrice Miss Patty donnent vie à des personnages très attachants. L’humour est présent à chaque réplique et les situations cocasses s’enchaînent à un rythme trépidant. Outre les gimmicks (ça va twister », « quoi, qui, quand? »…) qui cimentent l’identité de chacun des suricates, les deux récits qui nous sont proposés ce mois-ci regorgent de jeux de mots qui enrichissent le vocabulaire du jeune enfant.

Les livres se déclinent toujours de la même manière. D’abord on identifie un problème – l’aigle qui a perdu l’appétit, le girafon dont on se moque parce qu’il n’a pas de taches – et ensuite, on s’active pour le résoudre. Bien sûr, les auteurs mettent en avant l’acceptation de soi et la célébration des différences et la plupart des moyens mis en œuvre par les suricates, s’ils échouent lamentablement, redonne le sourire à l’animal attristé par sa drôle de condition. Zic, Zap, Zut et le girafon sans tache suscite la franche hilarité parmi les 3-5 ans qui adorent les blagues pipi-caca (le girafon est recouvert de caca puis de bananes pour simuler des taches marrons) ou tout ce qui touche à la propreté, mais L’aigle qui a perdu l’appétit est également très très drôle. L’univers graphique est soigné de la couverture à la dernière page, avec pour chaque histoire, une couleur principale, élégamment déclinée dans les différents paysages dessinés. Une réussite !

Éditeur : Gründ (21 janvier 2021)
Langue : Français
Relié : 32 pages
ISBN-10 : 2324023911 (Zic, Zap, Zut et l‘aigle qui a perdu l’appétit) / ISBN-10 : 232402392X (Zic, Zap, Zut et le girafon sans tache)
Prix : 6,95 euros

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