The Flight Attendant de Steve Yockey avec Kaley Cuoco, HBO Max

Challenge remporté haut la main par Kaley Cuoco qui produit l’adaptation en mini-feuilleton du roman The Flight Attendant de Chris Bohjalian dans lequel elle interprète également le rôle principal. L’ex égérie de The Big Bang Theory n’est plus entourée d’une armée de geeks mais d’espions et d’agents doubles qui l’empêchent de retourner à son existence d’hôtesse de l’air fêtarde. Soit une drague de trop avec un passager séduit en plein vol. Tout semblait prometteur dans cette nouvelle rencontre avec un beau financier russe. Escale à Bangkok et visite de la mégalopole by night, dîner aux chandelles, nuit dans un palace et surtout vraie complicité avec le passager du siège 3C. Mais quand Cassandra Bowden se réveille au son de Wake me up du groupe Wham, elle découvre le corps ensanglanté de son amant d’une nuit. Paniquée, elle nettoie la scène du crime, prend une douche bien chaude et quitte l’hôtel sans avertir la police.

Pas vraiment en cavale, pas vraiment l’esprit tranquille, Cassandra essaie de rester fidèle à sa devise : « A new flight, a new me. » Mais c’est sans compter les images obsédantes qui s’imposent à elle. Au lieu de disparaître de la série, le ténébreux Alex Sokolov devient le compagnon imaginaire de Cassandra, la poussant à résoudre une énigme qu’elle ferait mieux de confier au FBI. Découvrir qu’on a passé la nuit à côté d’un cadavre tout frais a de quoi désorienter. Surtout lorsque l’on n’arrive plus à se souvenir en détail d’une soirée trop arrosée. Mais l’alcool n’explique pas tout. L’amant devenu fantôme qui ne cesse de hanter la jolie héroïne un peu évaporée n’est pas qu’un simple outil scénaristique pour mettre en scène de nombreux flashbacks.

Dans un thriller qui se joue des codes de la tradition hitchcockienne en mettant en scène une hôtesse de l’air qui assume complètement ses addictions et ses penchants auto-destructeurs,  la victime obsédante est le déclencheur pour ouvrir grand les vannes de l’inconscient. « A new flight, a new me » (un nouveau vol, une nouvelle moi) n’est pas seulement un code de conduite hédoniste. C’est l’aveu d’un besoin vital de fuite… pour ne pas se confronter au passé. L’intelligence des scénaristes est de rendre ces répercutions de l’inconscient sur le quotidien (et sur le crime du passager russe) hilarantes. Actes manqués, maladresses en tout genre, comme cette immense statue de lapin hors de prix renversée… C’est dans le détail, apparemment trivial, que se trouvent les clefs de l’énigme Cassandra.

Cassandra n’est pas celle qu’on croit. Hôtesse de l’air sophistiquée qui fréquente les boîtes de nuit internationales les plus select, elle a grandi à la campagne avec un père qui l’emmenait à 10 ans, armée d’une carabine, chasser le renne. Et, de cette enfance rude et agraire, elle a conservé les instincts. Les scénaristes s’amusent à entretenir le contraste entre son personnage de fêtarde un peu cruche et ses automatismes de chasseuse. A priori désarmée et désemparée face au monde de l’espionnage, Cassandra, souvent éméchée, ne se révèle pas moins une redoutable investigatrice. Son attitude face aux hommes, tout aussi ambivalente, est réjouissante. Ses différents interlocuteurs masculins ne voient en elle qu’une jolie demoiselle en détresse ou pire, une allumeuse à la dérive, potentiellement pot de colle et vindicative. En réalité, c’est Cassandra qui mène le jeu du début à la fin, amorçant ou relançant le processus de séduction pour le seul plaisir de chasser.

Les seconds rôles féminins sont tout aussi ambigus : de la mère de famille (Rosie Perez) qui se livre à de l’espionnage industriel, à l’avocate (Zozia Mamet, épatante) pince sans rire de la Mafia partageant la vie d’un hacker fou amoureux, ils déjouent les attentes du spectateur. Et dans le rôle de l’ennemi, on retrouve une femme au physique et visage anguleux, bien connue des fans de la série britannique Doctor Who, l’écossaise Michelle Gomez. L’alchimie entre Kaley Cuoco et Michiel Huisman rend crédible cette histoire d’amour par delà la mort entre deux désabusés libres comme l’air. Enfin, le contexte psychanalytique qui rappelle les écrits sur le traumatisme de Sándor Ferenczi apporte une profondeur inattendue à un récit divertissant, sans temps morts, qui donne envie de boucler ses valises et d’embarquer au plus vite !

All pictures courtesy of HBO Max.

 

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