Punk And New Wave Years With Annie Nightingale, BBC4

Au Royaume-Uni, Annie Nightingale est une institution. Première DJ femme de la BBC, elle a traversé les modes et les styles musicaux, du punk au rap, avec grâce et élégance. Aujourd’hui, elle revient sur une époque charnière dans l’histoire de la musique britannique, le basculement des années punk vers la new wave. Dans Punk And New Wave Years With Annie Nightingale, l’animatrice exhume des archives de l’émission culte the Old Grey Whistle Test (0GWT) qu’elle présenta de 1978 à 1982 sur la chaîne BBC 2.

Courtesy BBC 4, © BBC4

L’intérêt de ce documentaire nostalgique réside dans les nombreux extraits musicaux qui offrent un panorama complet de la scène alternative des années 1970 à 1980. Pas prétentieuse pour un sou, Annie Nightingale s’efface derrière les nombreux groupes et artistes qu’elle a invités, aidés à se faire un nom et protégés comme les météorites d’Au Pairs et leur chanson sur l’orgasme, Come again. Féministe avant la mode #Me Too, Nightingale accorde une place importante aux artistes femmes, du groupe The Slits, premières Riot grrrls en passant par Siouxsie Sioux de Siouxsie & The Banshees qui avait durablement marqué les esprits avec son interprétation de Metal Postcard et Jigsaw Feeling, sans oublier la plus sirupeuse Blondie ou Laurie Anderson, et sa voix robotique, sur le titre O Superman.

La journaliste ne tombe pas aussi dans le travers de vouloir intellectualiser une période bouillonnante sur le plan musical mais aussi politique. Quelques images de journaux TV associent bien l’émergence du mouvement punk avec les conditions économiques de l’époque. Les critiques anti-Thatcher sont évoquées avec des titres comme Ghost Town, des Specials, écrite en réaction à la fermeture des pubs et des clubs à 2h du matin mais, les tourments de la jeunesse de l’époque restent en arrière plan pour mieux mettre en avant l’ingéniosité scénique et le dynamisme des groupes de ces deux décades mythiques.

Annie Nightingale prend manifestement plaisir à dénicher les vidéos les plus loufoques ou kitch – d’après nos standards actuels – de son émission, sortant ainsi des sentiers battus, pour mettre en lumière des groupes un peu moins connus que les sempiternels Clash (et leur White Riot) ou les Sex Pistols, toujours convoqués lorsqu’on évoque le punk : The Rezillos ou les proto-goth de The Damned.

Annie Nightingale a eu l’intelligence de ne pas séparer punk et new wave pour en faire deux entités musicales distinctes ou deux émissions différentes et le basculement de l’une vers l’autre, à travers un montage et une sélection pertinente de vidéos, s’opère avec finesse et sensibilité, le tout nimbé des merveilleux synthétiseurs de Tubeway Army et Gary Numan. Tous ceux qui adorent Joy Division auront les larmes aux yeux en revoyant Ian Curtis, mais ils apprécieront aussi de découvrir des groupes moins connus comme Young Marble Giants qui interprètent ici le mélancolique et apaisé titre Final Day. L’énergie du désespoir devait faire place à la sérénité du désabusement ou pire, l’apathie des nouveaux romantiques de Visage avec Fade to Grey.

Annie Nightingale n’élude pas non plus les dérives romantico-érotico ridicules de groupes plus tardifs comme Orchestral Manoeuvres in the Dark ou Duran Duran qui avaient clairement des visées plus commerciales et réussiront à enchaîner tubes après tubes. En tout cas, certaines prestations, notamment celles de Soft Cell avec Sex Dwarf ou Pete Shelley avec Homosapiens, sont particulièrement désopilantes. Le début de la fin…certainement, mais au moins avec humour.

 

 

 

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