Poissonsexe, Olivier Babinet, 2 septembre, Festival de Cabourg

Le festival de Cabourg aura finalement bien lieu dans la cité romantique du 29 juin au 1ier juillet. En attendant le verdict des jurés qui ont pu se réunir et visionner en toute sécurité les films au Club L’étoile, salle parisienne privée, voici une première critique. Poissonsexe, le dernier film d’Olivier Babinet, est une fable écologique d’anticipation sociale…L’action se déroule en France, dans une cité balnéaire étrangement calme où réside Daniel Luxet, un scientifique déchu qui n’arrive pas à se remettre d’avoir perdu l’amour de sa vie au profit de son rival de toujours, un universitaire dans le vent, adepte des plateaux télé. Gustave Kervern incarne ce personnage bourru et obsédé, qui n’a de cesse de prouver que les poissons sont toujours présents sur terre. Employé d’un laboratoire de recherche qui a vu ses derniers cobayes aquatiques mourir les uns après les autres, Daniel est chargé d’assurer la reproduction des deux derniers spécimens de poissons connus qui ont été surnommés Adam et Eve.

Entouré de scientifiques tout aussi déconnectés de la réalité que lui, et répondant aux ordres d’une directrice de recherche qui envisage les relations amoureuses de manière aussi clinique que la reproduction de ses 2 poissons zèbres, Daniel se résout à s’inscrire à un site de rencontres appelé Vie Idéale où il fait la connaissance d’une mystérieuse célibataire, « Full Moon ».

Dans cette comédie loufoque qui cultive un spleen de circonstance -quel avenir pour l’homme quand la plupart des espèces animales auront disparu?-  le suspense entretenu autour de l’accouplement des 2 spécimens est construit en miroir du chassé-croisé amoureux virtuel. Baigné de filtres bleus qui s’accommodent à merveille des ambiances marines, les décors traduisent l’isolement des humains alors que la dernière baleine file droit sur les côtés françaises… La traque de l’immense cétacé dont les derniers déplacements sont retranscrits en direct sur Internet fonctionne comme un compte à rebours… vers un monde encore plus désespérant d’où l’amour semble aussi une espèce en voie de disparition.

Mais si le film d’Olivier Babinet s’inspire de véritables alarmes scientifiques – la féminisation des espèces et le dérèglement de la sexualité des animaux, engendrés par le rejet de déchets médicamenteux dans les rivières et océans- Poissonsexe s’amuse à trimbaler des personnages nihilistes – qui trouvent le sommeil en lisant Nietzsche– sur un surprenant chemin du tendre d’où surgit une créature à l’aspect inquiétant, mi guide, mi démon, l’axolotl… Ce glissement vers le fantastique n’est pas le moindre charme de ce film à découvrir à Cabourg fin juin et partout en France, dans les salles obscures, début septembre.

 

 

2 septembre 2020 / Comédie
De Olivier Babinet
Avec Gustave Kervern, India Hair, Ellen Dorrit Petersen…
Nationalités : français, belge

Vous aimerez aussi...

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.