The Trip to Greece, Michael Winterbottom, prochainement

Clap de fin pour le tandem Steve CooganRob Brydon après un dernier voyage en Grèce. Avant The trip to Greece, le spectateur amateur de road-movie décalé, sensible à l’humour so British de ces deux fabuleux imitateurs, avait pu suivre les aventures gastronomiques de Coogan et Brydon sur les routes du Royaume-Uni (The Trip, 2010), de l’Italie (The Trip to Italy, 2014) et d’Espagne (The Trip to Spain, 2017), toutes filmées par Michael Winterbottom. Cette suite de films s’est d’abord déclinée en séries TV, diffusées sur les chaînes anglaises (BBC 2, Sky 1…). Le montage, rythmé par des inserts de jours de la semaine, témoigne de ce format court initial. Ce qui fait le charme de ces films est la complicité devant et hors caméra qui existe entre les deux acteurs qui interprètent ici leur propre rôle. De toute évidence, ces deux là sont de vrais amis, malgré l’esprit de compétition qui donne lieu à de savoureuses batailles d’imitateurs

Si le film plaît autant aux admirateurs de la première heure, c’est grâce à son savant mélange de vrai et de faux, cette subtile distanciation matinée de télévision réalité, parfaitement écrite et agencée par Winterbottom depuis le premier opus en 2010. Pour apprécier The Trip to Greece, faut-il être fan de Steve Coogan ? On a pu l’apprécier dans 24 Hour Party People ou A very Englishman, deux biopics réalisés par Winterbottom pour retracer la vie de deux sulfureuses personnalités : Tony Wilson, patron de Factory Records, et Paul Raymond, propriétaire de clubs de strip-tease, l’éditeur des principaux magazines britanniques érotiques. Oui, cela peut aider, d’autant plus que Coogan est/joue ici, une fois de plus, le séducteur, l’amateur de jolies filles, en plus soft bien sûr, puisqu’il voyage avec son anti-thèse, Rob Brydon, père de famille aimant et modeste, un cinquantenaire capable de discernement face aux mirages du star-system…

Le comique procède de cette confrontation entre ces deux personnalités opposées. Autant Coogan se veut distingué et cultivé, autant Rob se montre amateur de plaisirs simples, nourri de références culturelles populaires comme lorsqu’il se met à chanter des tubes extraits de la comédie musicale Grease. A l’instar des héros de buddy-movie, ces deux-là se complètent parfaitement. Coogan modère l’exaltation candide de Rob tandis que Brydon, avec sa franchise et ses questions directes, lève le voile sur les hypocrisies et tourments intérieurs du snob Coogan qui ne cesse de se gargariser de ses 7 BAFTA (prix britanniques, l’équivalent des césars). Et bien sûr, pendant que Brydon dort tranquillement, ce sera Coogan qui couchera avec la photographe venue les rejoindre sur le tournage.

Pour un public non-britannique, certaines allusions seront perdues en cours. Mais, tout le monde profitera des duels interprétatifs. Quand Coogan et Brydon se lancent dans une imitation échevelée de Dustin Hoffman, de Macadam Cowboy à Tootsie, ce n’est pas uniquement pour faire rire. Les deux acteurs sont fous amoureux du cinéma et rendent ainsi hommage aux grands rôles tenus par d’autres. Malgré leur carrière respective, on sent cette fougue juvénile pour un métier, un art, qui permettent d’être quelqu’un d’autre, et poussent certains journalistes à les confondre avec leurs propres rôles ! Prenant prétexte une série d’articles commissionnés par The Observer (comme dans le premier Trip), les deux amis refont le trajet de l’Odyssée d’Homère, de Troie à Delphes, en passant par Lesbos, Assos, et Stagira, cité natale d’Aristote pour finir à Ithaque… Mais, cette suite de paysages majestueux, dans les pas d’Ulysse, sert une réflexion plus profonde sur le sens de la vie. Pleurer et rire, tristesse et joie, deux émotions qui alternent sur le théâtre de la vie où certains, comme Coogan, à force de jouer à être un gagnant, perdent de vue l’essentiel, l’amour d’une femme pour son mari, ou celui d’un père pour son fils… Mais tout cela est-il seulement vrai ?

Seul bémol à apporter à ce qui est malheureusement annoncé comme un dernier voyage, le choix des restaurants, surtout ceux des premières haltes. Les amateurs de bonne chaire qui espéraient découvrir des recettes ou plats typiques en auront pour leur frais. Les tables étoilées rivalisent ainsi d’originalité, avec par exemple, pour desserts, des friandises au yuzu, pas très grecques, mais hors de prix comme il se doit.

Prochainement / 1h 50min / Comédie, Drame…
De Michael Winterbottom
Avec Steve Coogan, Rob Brydon, Marta Barrio
Nationalité : britannique

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