Planta permanente, Ezequiel Radusky, Compétition Cinélatino 2020

L’arrivée d’une nouvelle directrice dans un complexe de bureaux d’une administration publique sème la zizanie entre deux amies, des femmes de ménage qui ont mis en place une cantine clandestine dans un sous-sol désaffecté. Jeux de pouvoir, concurrence entre personnels, les personnages de Planta Permanente, ressemblent à des pantins contrôlés par une Fata Morgana, une gestionnaire qui sous ses dehors bienveillants, ne songe qu’à rentabiliser l’immeuble et n’hésite pas à dresser les employés les uns contre les autres.

Bien moins violent que les récents Ceux qui travaillent du réalisateur suisse Antoine Russbach ou La loi du marché de Stéphane Brizé, le film du réalisateur argentin Ezequiel Radusky ne démonte pas moins, image après image, les mécanismes gestionnaires qui empêchent la solidarité de s’organiser au travail. Ezequiel Radusky semble très préoccupé par cette thématique sociale du travail puisqu’il avait déjà signé un autre long-métrage sur ce même sujet, Los Dueños (co-réalisé par Agustín Toscano) qui fut sélectionné à la Semaine de la Critique à Cannes en 2013. Pour Planta Permanente, il retrouve les deux actrices de son précédent film, Rosario Blefari qui interprète ici Marcela, et Liliana Juárez, dans le rôle de Lila, co-fondatrice de la cantine.

Il n’est pas anodin que dans un film sur le travail, la cantine soit l’élément moteur du conflit, bien plus que les licenciements de personnels âgés, à peine esquissés via la carte de pointage qui disparaît chaque matin. On touche là à l’un des besoins essentiels de l’homme : avoir le ventre plein, disposer d’un lieu où se sustenter à moindre coût. L’annonce de la fermeture de la cantine entraîne d’ailleurs un bouclier de protestations car la plupart des employés n’ont pas les moyens de manger aux restaurants voisins.

Les arguments opposés à la réouverture sont dans l’air du temps, la tambouille concoctée par Lila est trop calorique, le menu ne comporte pas de plats sans gluten… Qu’importe, l’employée -dont la cuisine est la vraie passion- s’adaptera aux demandes des clients et ira jusqu’à s’endetter pour équiper un espace qu’elle utilisait jusque-là gracieusement. Lila s’éloigne de Marcela quand elle pense qu’en brossant la directrice dans le sens du poil, elle obtiendra une amélioration de ses conditions de travail, et surtout, le droit de continuer à exploiter la cantine.

Dans la deuxième partie du film, le tempo s’accélère, les petites trahisons entre amies se multiplient et le réalisateur prend soin de malmener Lila, qui semble pourtant avoir réussi là où Marcella, par la force et la révolte, a échoué. A part la directrice, personne ne sortira vainqueur de ce petit jeu de massacre. Une manière pour le réalisateur, sans aucun moralisme, de souligner l’absurdité des nouvelles formes d’optimisation des ressources humaines qui se fichent bien de valoriser lesdites ressources mais visent juste à les exploiter jusqu’à la mort -réelle ou symbolique.

Année – Section : 2020 – Compétition Long-métrage de fiction
Réalisation : Ezequiel Radusky
Pays : Argentine
Pays de coproduction : Uruguay
Titre français : Plante perpétuelle
Durée :  1h18
Acteurs : Liliana Juárez, Rosario Bléfari, Verónica Perrotta, Nina Suarez.

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