Helen, André Meirelles Collazzi, Cinélatino 2020

Premier film du réalisateur André Meirelles Collazzi, Helen est sélectionné pour Cinéma en construction. L’action se déroule à São Paulo, ville qui paie le prix fort des réformes libérales en cours. Helen, l’héroïne du titre, partage l’affiche avec une savoureuse galerie de personnages qui tentent de survivre à l’aide de petits boulots, de musique et de beaucoup d’humour. La petite fille est élevée par sa grand-mère Doña Graça, qui a endossé plusieurs casquettes, mère de substitution, gardienne d’immeuble mais aussi le soir, vendeuse de brochettes… La gamine, attendrissante avec ces mimiques butées ou volontaires, admire cette femme au caractère bien trempé qui n’hésite pas à envoyer promener des policiers racistes trop zélés ou ce jeune propriétaire, désireux d’obtenir le permis de démolition de l’immeuble…

Sans mièvrerie ou angélisme, le réalisateur filme de manière très réaliste le quotidien d’une micro-société saisie à l’échelle d’un immeuble, qui reflète le sort peu enviable des classes moyennes et populaires du Brésil ultracontemporain. Pour survivre matériellement, les habitants s’appuient sur les réseaux d’entraide informels et le système D. Le film suit ainsi Helen dans le sillage de plusieurs voisins, le géant noir Antonio (Tony Tornado magnifique), employé à la déchetterie et as du recyclage mais aussi Cicero, le père de sa meilleure amie qui gère une supérette et voit de plus en plus de clients incapables de payer leurs courses… Si le film ne s’attache réellement à aucun de ces personnages secondaires, tous vus à travers les yeux de la fillette, le réalisateur a su transformer cet entrelac d’histoires singulières en révélateur des crises qui secouent le pays : racisme galopant et violences policières envers les descendants d’esclaves noirs, expropriations… La troupe chorégraphique féministe Ilu Oba de Min -engagée politiquement aux côtés des femmes noires- offre une belle séquence où l’espace d’un instant les orishas (divinités venues d’Afrique) répandent leurs bienfaits sur les personnages…

Ainsi, les difficultés et tensions n’occultent pas la solidarité intergénérationnelle à l’oeuvre dans les cortiço, ces vieux immeubles délabrés et surpeuplés, qui deviennent l’emblème d’un autre possible. Dans Helen, les couleurs sont chatoyantes, à l’image des fards à paupières et des rouges à lèvres de la mallette de maquillage que l’enfant désire offrir à sa grand-mère (Marcélia Cartaxo, émouvante) pour son anniversaire. Si cette femme n’a plus le temps de prendre soin d’elle, trimant matin, midi et soir, elle n’en demeure pas moins belle, toujours follement amoureuse de son défunt mari noir, plus belle dans sa dignité que la jeune et ambitieuse mère d’Helen, dépendante d’un compagnon nouveau riche qui aura tôt fait de la remplacer.

Le film demeure résolument optimiste, et le mini-suspense entretenu autour de l’acquisition du coffret de maquillage, donne lieu à de savoureux échanges verbaux et quiproquos. Humaniste, Helen (cette parabole enfantine où la fillette abandonnée de ses parents – de l’état ?- doit s’appuyer sur de bonnes âmes, elles-mêmes cabossées) invite le spectateur à regarder autrement les vieilleries (ou les vieux) qui nous entourent, à donner de la valeur à ce qui ne peut être acheté, le lien humain, l’affection profonde et sincère entre hommes et femmes, petits et grands…

Réalisateur : André Meirelles Collazzi
Pays : Brésil
Année : 2019
Durée : 92 min
Avec : Thalita Machado (Helen), Marcelia Cartaxo (Doña Graça), Tony Tornado (Sr. Antônio)

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