La communion, Jan Komasa, 4 mars 2020

En Pologne, Daniel, 20 ans, a passé sa jeunesse dans un centre fermé pour un crime qu’il a commis mineur. Il aimerait devenir prêtre à sa sortie mais son passé de délinquant l’empêche d’accéder au séminaire. Qu’importe, à la suite de circonstances favorables, il enfile l’aube d’un prêtre malade et devient vite la coqueluche de paroissiens endeuillés par la mort de 6 jeunes dans un accident de voiture.

Dans l’étrange film de Jan Komasa, il y a plusieurs niveaux d’analyse. A la fois chronique provinciale qui s’appuie sur un drame comme révélateur de toutes les hypocrisies et mesquineries des habitants d’un gros bourg et récit plus intimiste d’une fascination pour Dieu et surtout pour le pouvoir que confère l’habit religieux, La Communion s’incarne ici en un fougueux jeune homme -mi ange mi démon – au regard incandescent.

Itinéraire d’un imposteur qui finit par servir davantage le message christique que les véritables ordonnés, La Communion est un film dont la réussite ne tient pas qu’au jeu époustouflant de son acteur principal charismatique. Via une réalisation qui, à défaut de grands discours sur la foi, scrute l’intérieur via des gros plans, sur les visages fuyants ou fermés de villageois empêtrés dans leurs mensonges ou sur celui, fiévreux, du faux curé, La Communion s’interroge sur le pouvoir de la parole christique, une parole qui libère, qui apaise et rend justice mais aussi, dans le cas de Daniel, une parole qui lui permet de prendre l’ascendant sur une population traumatisée.

Que ce message puisse être porté avec vérité et discernement par un pêcheur, qui de surcroît ment sur sa véritable identité, voilà l’énorme provocation d’un film souvent drôle et violent, qui ne s’adresse pas à un public de catholiques pratiquants… mais qui gagneraient certainement à découvrir le parcours du combattant mené par Daniel, pour vivre sa foi et la transmettre, malgré le rejet dont il est l’objet de la part des instances ecclésiales. Même si le film est très typé culturellement et géographiquement, les manières franches du personnage incarné par Bartosz Bielenia (tout comme celles de l’aumônier carcéral) rappeleront peut-être à certain-e-s des souvenirs de prêtres issus de la JOC (Jeunesse Ouvrière Chrétienne), une espèce en voie de disparition dans les paroisses avec le virage traditionaliste actuel…

Construit comme une traque métaphorique avec une série de pièges qui se referment progressivement sur Daniel, La Communion instille aussi un suspense propre à maintenir l’attention des spectateurs moins inspirés par la thématique spirituelle du film. La photographie toute en clairs-obscurs et couleurs froides participe aussi de cette ambiance ambiguë, pour une oeuvre entre chien et loup.

4 mars 2020 / 1h 55min / Drame
De Jan Komasa
Avec Eliza Rycembel, Aleksandra Konieczna, Tomasz Zietek
Nationalité : polonaise

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