Bouquin : Cinéastes autochtones, la souveraineté culturelle en action, S. Gergaud

Sophie Gergaud, anthropologue, programmatrice cinéma et fondatrice du festival Ciné Alter’Natif, publie aux éditions Warm, Cinéastes autochtones, la souveraineté culturelle en action, un ouvrage essentiel pour quiconque s’intéresse aux cinémas des Peuples autochtones. Sophie choisit de barrer le mot « autochtone » du titre car elle s’efforce de montrer à travers la richesse des styles et genres cinématographiques représentés à l’écran, à la fois la spécificité indigène de ce type de cinéma, et les efforts menés par les réalisateurs originaires des Premières Nations pour se débarrasser de cette étiquette -somme toute réductrice- et se faire reconnaître en tant que cinéastes d’œuvres singulières, qui expriment une vision artistique, poétique, sociale et cinématographique personnelle.

Forte de son expérience de programmatrice d’un festival qui fait découvrir aux spectateurs français des films peu diffusés en dehors de leur circuit local, Sophie Gergaud adopte une approche à la fois chronologique et thématique pour retracer les étapes préalables à cette reconquête culturelle.

Nanouk l’Esquimau (1922), Robert Flaherty.

Via de nombreux exemples de films, connus (tels Dead Man, Little Big Man, Danse avec les Loups, Pocahontas, Nanouk) et moins connus (Barking Water, The Rider, Powwow Highway), elle analyse aussi en filigrane les rapports compliqués entre Hollywood ou les réalisateurs non indigènes avec les représentants des Premières Nations, souvent caricaturés, prisonniers à l’écran du mythe du bon sauvage ou réduits au rôle de fairevaloir d’un improbable sauveur blanc.

Powwow Highway (1989), réalisé par Jonathan Wacks.

La question n’est pas tant de trancher qui a légitimité de représenter l’Indien à l’écran que d’inventorier les différentes initiatives mises en place par les acteurs communautaires locaux, des circuits de diffusion ou de production aux associations favorisant l’essor de jeunes réalisateurs comme le Wapikoni Mobile au Canada, ProMedios au Chiapas, sans oublier les festivals tels qu’ImagineNative à Toronto. Sophie Gergaud s’attache aussi à montrer la diversité des films produits et réalisés par les réalisateurs dits autochtones qui s’émancipent du poids de l’histoire pour accoucher d’oeuvres qui n’appartiennent qu’à eux tout en étant résolument modernes et dans l’air du temps

Sophie Gergaud ne se contente pas de transmettre son point de vue sur ces films mais cite abondamment des réalisateurs-trices et parmi eux-elles, Sydney Freeland, Navajo transgenre qui écrit et réalise des films primés, mais aussi des épisodes de séries TV (Grey’s Anatomy…), le documentariste Cri Neil Diamond, auteur de Reel Injun, Steven Paul Judd, artiste Kiowa-Choctaw surnommé « le guerrier warholien de la pop amérindienne. » Ils ou elles forment la digne relève de Chris Eyre. En réalisant Phoenix Arizona (dont le titre original est Smoke Signals) en 1998, le réalisateur Arapaho à ouvert la voie à toute une génération de cinéastes qui s’amusent à déconstruire les représentations traditionnelles dans des films grand-public à la fois drôles et intellectuellement stimulants.

Smoke Signals (1998), Chris Eyre

S’il est impossible de faire le tour d’une production cinématographique très riche et diverse, l’ouvrage se veut exhaustif et offre un panorama plus que complet des cinéastes autochtones de la planète, offrant également au lecteur un beau voyage du sud de la Nouvelle-Zélande au pays Innu avec de jolies haltes en terres sud-amérindiennes. Cinéastes autochtones, la souveraineté culturelle en action est accompagné une filmographie et d’un index des cinéastes cités et constitue, pour les universitaires et les cinéphiles passionnés, un ouvrage de référence à recommander.

 

  • Broché : 222 pages
  • Prix : 20 euros
  • Editeur : Warm Editions (4 octobre 2019)
  • Collection : Cinéma
  • Langue : Français
  • ISBN-10 : 2955673986
  • ISBN-13 : 978-2955673980

 

 

 

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