L’extraordinaire voyage de Marona, Anca Damian, 8 janvier

On avait beaucoup aimé La montagne magique, le précédent film de l’artiste roumaine Anca Damian. C’était déjà une histoire douce-amère avec un héros cabossé par la vie mais terriblement attachant, Adam Jacek Winkler, un peintre polonais qui fut aussi le compagnon d’armes du commandant Massoud. Anca Damian revient derrière la caméra et la palette avec un autre récit de vie, celui d’une petite chienne batarde qui, quelques instants avant de mourir, déroule le fil de ses adoptions -et abandons– successifs.

L’extraordinaire voyage est une explosion de couleurs. De la chambre de bonne sous les toits transformée en salle d’entraînement pour acrobate en mal de succès en passant par le chantier de construction, véritable univers à la Donkey Kong, où travaille son deuxième maître, le débonnaire géant Istvan, sans oublier le quartier des bars et de la prostitution où elle échoue après avoir été chassée du somptueux domaine où vivait son père, chien de race, les différents lieux habités par Marona qui s’appelle successivement 9 (elle est la 9e de sa portée), Lana puis Sarah, illustrent le besoin de compagnonnage de l’homme mais aussi son terrible égoïsme.

Le dernier film d’Anca Damian n’est pas destiné aux enfants, tout au moins pas avant 12 ans. Malgré la profusion poétique des formes bigarrées, il demeure bien trop sombre. Après tout, la réalisatrice, et ses trois acolytes, Pablo Mico (dont la musique a été multi-primée en festivals), le belge Brecht Evans, créateur de personnages surréalistes -comme cet homme chewing gum artiste de cirque– et la décoratrice norvégienne Gina Thorstensen mettent en images le destin tragique d’une chienne abandonnée qui finira écrasée. Le film devrait d’ailleurs être diffusé dans tous les chenils de France à destination des nouveaux propriétaires d’animaux domestiques.

Contrairement à la plupart des films d’animation mettant en scène des animaux anthropomorphisés qui imitent les actions de leurs maîtres, Le dernier voyage s’obstine à parler des humains – de leur lâcheté, de leurs manquements moraux et familiaux, de leur immense besoin d’amour– à travers les yeux d’une chienne qui partage avec le spectateur sa philosophie de vie. Marona ne cherche pas à devenir humaine: pour elle, le bonheur est « une petite chose, presque rien. Une soucoupe de lait (…) Une sieste, un endroit où enterrer un os. Une main. Un sourire. » Et peut-être devrions-nous méditer son manifeste : « Chez les chiens, le bonheur, c’est l’inverse de celui des hommes. Nous voulons que les choses demeurent exactement comme elles sont. Les humains, eux, ils veulent toujours autre chose que ce qu’ils ont. Ils appellent ça rêver, moi j’appelle ça ne pas savoir être heureux. »

8 janvier 2020 / 1h 32min / Animation, Drame, Famille
De Anca Damian
Avec Shyrelle Mai Yvart, Maïra Schmitt, Lizzie Brocheré
Nationalités roumain, français, belge

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