La permission, Soheil Beraghi, 28 novembre 2018

Pour son 2e long-métrage, le réalisateur iranien Soheil Beraghi s’est inspiré d’un fait divers qui a attiré l’attention des médias sur l’absence de liberté de circulation des femmes mariées iraniennes. En effet, la loi interdit à toute femme de quitter le pays -que ce soit pour des raisons professionnelles ou personnelles- sans l’accord de son époux. Il y a quelques années, un présentateur TV à succès a ainsi empêché son épouse de participer à la finale de futsal de la Coupe d’Asie des Nations.

Film politique, La Permission est aussi surtout un implacable thriller qui fait froid dans le dos. En choisissant de dépeindre le bourreau d’Afrooz, la capitaine de l’équipe nationale, comme un homme séduisant à la réputation de gendre idéal, le réalisateur s’autorise à plonger en eaux troubles, celles de la perversité narcissique, à l’origine de nombreuses violences, conjugales ou autres, en Iran ou ailleurs. Le film quitte alors la sphère du militantisme pour livrer une intéressante étude psychologique.

Le quotidien d’Afrooz vire peu à peu au cauchemar, tant sa dépendance, à la fois financière mais aussi affective, vis à vis de l’homme qui l’a « découverte » et modelée, reste importante malgré ses élans d’émancipation. Pour symboliser le sort qui s’acharne sur son héroïne, le réalisateur a choisi de réduire l’espace autour d’elle. Peu à peu abandonnée par ses soutiens (la fédération mais aussi sa colocataire et équipière) qui sont manipulés par un mari apparemment sans reproches mais aussi par la responsable religieuse de l’équipe, Afrooz se voit dépossédée de tout, de sa finale mais aussi de son appartement, de son lieu d’entraînement…

L’actrice qui incarne cette athlète, toute en colère rentrée, livre un jeu extrêmement physique. Au-delà de conférer une crédibilité bienvenue à son personnage, les scènes d’affrontement physique et verbal, instillent une tension nerveuse qui dynamise un long-métrage émaillé de morceaux d’action, littérale (la course poursuite en voitures) et métaphorique, assez impressionnants, tels le plan séquence de 8 mn au tribunal où se retrouvent Afrooz, son mari et Pantea Aledavood (excellente Leili Rashidi) face à un juge dont on ne verra jamais le visage ou le corps.

Date de sortie : 28 novembre 2018 (1h28min)
De Soheil Beiraghi
Avec Baran Kosari, Amir Jadidi, Sahar Dowlatshahi…
Genre : Drame
Nationalité : iranien

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