A perfect day, de Fernando León de Aranoa, 16 mars

Prenez la route des Balkans en compagnie d’humanitaires blasés ou survoltés campés par un casting de luxe : Benicio del Toro, Tim Robbins et Mélanie Thierry. La guerre en ex-Yougoslavie, c’était en Europe et depuis, pas mal d’eau a coulé, sous le pont de Dubrovnik -heureusement reconstruit… Du coup, on semble un peu avoir oublié l’horreur d’un conflit qui déchirait des familles à deux pas de chez nous. Fernando León de Aranoa porte un regard ironique sur le travail – traumatisant et peu gratifiant- d’une bande d’humanitaires qui se heurtent aussi à l’absurdité du protocole opératoire imposé par les Nations Unies.

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Mambru (Benicio del Toro, tout en finesse) et son équipe sont à la recherche d’une corde pour remonter le cadavre d’un homme jeté dans un puits afin de contaminer l’eau d’un village. Simple mission en apparence et pourtant… Divisés en deux groupes et rapidement rejoints par une analyste russe dont la mission est de dresser une évaluation peu flatteuse de leur travail afin de diminuer l’aide sur place, les humanitaires rencontreront une vieille dame et ses vaches démineuses, un petit garçon à la recherche de son ballon, des militaires peu engageants et un fumeur en manque, attaché corps et âme à son drapeau

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Le voyage est très sympathique, les travellings nous font découvrir la somptuosité des paysages traversés sous un flot de bon vieux rock, et Tim Robbins campe un Mister B cabotin en diable. Hélas, après une heure de dialogues savoureux et situations cocasses, le film peine à se renouveler et traîne en longueur. Le problème majeur d’Un jour comme un autre (A Perfect Day) est la simplicité du scenario : si la quête donquichottesque de la corde pouvait occasionner pas mal de rebondissements absurdes, encore eût-il fallu que les sketchs fassent preuve d’originalité. Le comique de répétition (avec la vache morte notamment) qui caractérise la deuxième partie du film plombe l’action et finit par lasser quelque peu le spectateur…

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Un autre bémol est le duo Mélanie ThierryOlga Kurylenko, les uniques présences féminines du film. Les deux actrices livrent des prestations tout à fait honorables; c’est davantage leurs personnages qui posent problème. La blonde idéaliste, au visage enfantin, s’oppose à la brune anguleuse et manipulatrice. Le vieux stéréotype de la femme diaphane innocente et de la dangereuse brune sournoise a encore de beaux jours au cinéma. Soit. Le personnage de la française Sophie Richard se justifiait par la nécessité de montrer le cheminement d’une « bleue », peu aguerrie, et pas encore habituée à l’injustice des situations de guerre et des imbroglios humanitaires, mais quid de Katya ? Le réalisateur opte pour un retournement de situation total à 15 mn de la fin où l’on apprend que la femme fatale calculatrice est en fait une amoureuse bafouée par Mambru qui lui avait caché avoir une petite amie à l’époque de leur liaison… On aurait aimé que le film verse moins dans le mélo et davantage dans l’ironie à laquelle nous avaient habitués B et aussi Damir, l’interprète, un personnage complètement abandonné après des débuts très prometteurs. L’humour pince sans rire et absurde des Balkans passe lui aussi à la trappe alors qu’il faisait le sel des dialogues introductifs…

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Un film assez inégal, qui déçoit dans sa deuxième partie, tout en conservant son « capital » sympathie grâce aux excellentes prestations de Robbins, Del Toro et Thierry.

Date de sortie : 16 mars 2016 (1h 46min)
De Fernando León de Aranoa
Avec Benicio Del Toro, Tim Robbins, Mélanie Thierry, Olga Kurylenko, Fedja Stukan, Eldar Residovic, Sergi López…
Genres : Drame, Comédie
Nationalité : Espagnol – Goya 2016 de la meilleure adaptation.

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