Film culte (2) : Holy Motors, 2012, Leos Carax.

Pourquoi devient-on acteur et actrice ? Leos Carax tentait de répondre à cette question dans le magistral Holy Motors qui signait son grand retour derrière la caméra après plusieurs années d’absence de nos écrans. Un film culte forcément et aussi l’un des plus bels hommages au cinéma jamais réalisé à ce jour.

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Road movie mélancolique et rageur, Holy Motors transporte le spectateur dans une limousine blanche à travers les rues de Paris… On suit les pérégrinations existentielles de Monsieur Oscar, énigmatique personnage qui endosse plusieurs identités en une seule journée. Superbement interprété par Denis Lavant, l’acteur fétiche du réalisateur depuis Boy Meets Girl en 1984, Monsieur Oscar est un as du maquillage et de la métamorphose. Tour à tour homme d’affaire, mendiant, cannibale fou hideux et dégoutant, tueur méticuleux, vieillard agonisant, il ne lui faut que quelques minutes pour se grimer et changer d’identité.

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Métaphore sur le métier d’acteur, Holy Motors est bien plus que ça. Traversé de fulgurances visuelles de toute beauté (la scène d’amour en motion capture pour ne citer qu’elle), le dernier film de Leos Carax est aussi un conte désabusé qui multiplie les clins d’œil cyniques aux artifices et vanités du cinéma. Qu’on songe au photographe américain se répandant en éructations pleines de jouissance après la scène macabre du Père Lachaise ou au double meurtre raté dans l’entrepôt peuplé d’asiatiques…

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Même si Leos Carax se moque beaucoup de la machine à illusion, Holy Motors est aussi un témoignage d’amour d’où transpire une immense tendresse pour les commanditaires et exécuteurs de la machine à tuer qu’est le cinéma. Du réalisateur à qui on ne la fait plus (Michel Piccoli) à la top modèle consentante (Eva Mendes), Leos Carax compose une galerie de personnages curieux mais aussi étrangement familiers… dont on retiendra la conductrice de la limousine, dame élégante et maternelle, superbement interprétée par Edith Scob, l’héroïne des Yeux sans visage de Franju.

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Pourquoi devient-on acteur ? Pour vivre plusieurs vies ? Pour changer d’identité, toujours et encore, sans se soucier des personnes qu’on abandonne derrière soi ? Pour se sentir plus vivant que les autres ? Pour s’enivrer d’expériences et de rencontres afin d’oublier qu’un jour on ne sera plus ? Leos Carax ne répond pas à cette question mais la transcende : et si, dans un monde de dupes, les acteurs, en endossant tous les jours de nouveaux rôles, étaient ceux qui restaient fidèles à eux-mêmes et se refusaient à mentir ?

N’allez pas voir Holy Motors juste pour Kylie Minogue (au demeurant très émouvante en Jean Seberg) sur les balcons de la Samaritaine, courrez le voir pour découvrir une œuvre qui en se jouant des codes du cinéma fait aussi réfléchir sur la condition humaine et mérite ainsi d’entrer au panthéon des grands films.

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Sortie : 4 juillet 2012 (1h 55min)

Réalisé par Leos Carax

Avec Denis Lavant, Edith Scob, Eva Mendes, Kylie Minogue, Michel Piccoli…

Drame

 

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