Oklahoma Honey (The Rivals of Amziah King), 19 août, Andrew Patterson
Oklahoma Honey est un film qui désarçonne à bien des égards. La séquence d’ouverture, filmée à la manière d’un clip imprévisible, donne le ton. Le film ne cessera de défier nos attentes. Il entraîne d’abord le spectateur sur des sentiers balisés – la chronique intimiste d’une communauté de rednecks soudés par leur amour de Dieu et du bluegrass – puis sort de route à mi-chemin avec une sombre histoire de vengeance dans le milieu des apiculteurs. Le film est peuplé de fantômes. Celui d’Amziah (admirablement joué par Matthew McConaughey) plane – tel une figure tutélaire – au-dessus des destinées de ses protégés : ses fidèles employés – des repris de justice – et Kateri, une jeune Native American, devenue sa fille adoptive et son héritière.
Avant que l’acteur principal (choix scénaristique assez rare pour être souligné) ne se fasse évincer de l’histoire, Amziah, jeune veuf, est lui-même hanté par un autre spectre : son épouse, Glenda dont on ne saura pas grand-chose à part qu’elle partageait avec son mari la tendance à accueillir marginaux et enfants perdus. Notre héros est comme son miel, généreux, doux et bienfaisant. Et le film est au premier abord une ode au partage et à l’amour du prochain.
Sauf que nous sommes au pays de l’Oncle Sam et qu’il existe deux types de justice : celle qui permet aux puissants corrompus d’échapper à la prison, et l’autre réservée aux anciens GI traumatisés, aux étudiants endettés à vie, aux populations autochtones ou aux mères célibataires qui paient le prix fort pour de menus larcins. Lorsque Amziah est victime d’un vol qui lui coûte sa fortune et la vie, Kateri décide de troquer l’amour christique de son père adoptif pour la loi du talion.
Elle récupérera les abeilles, les ruches, rebâtira l’empire d’Amziah et se vengera des personnes qui ont causé sa perte. Amoral, le film ne tente pas de légitimer ou de justifier l’action de Kateri. La jeune femme, plutôt réservée et discrète, se métamorphose en déesse de la vengeance. Le réalisateur prend soin de désamorcer toute critique d’appropriation autochtone en truffant certains dialogues de références humoristiques aux préjugés des non-Natives. « Dans mon cas, c’est un cadeau de passer inaperçu » affirme le serveur McDo geek qui fournit à Kateri toutes les informations sur les pourris responsables de la mort d’Amziah. La ruche qui couronnera Kateri reine est composée de misfits, d’underdogs, de personnes invisibles, mais qui à leur manière entrent en résistance.
Pas en brandissant banderoles et drapeaux (ils sont trop désenchantés pour ça) mais en sapant lentement mais sûrement tous les maillons d’un système qui ne profite qu’à une minorité. La musique bluegrass reste présente dans la seconde partie réservée à la vendetta de la jeune femme. Mais, les paroles, prennent une autre résonance. Quand les membres du groupe Shovels and Rope entonnent leur tube « Johnny Come Outside », c’est un appel à envoyer valser l’hypocrisie et les bonnes manières de la communauté modèle. Les voisins, en accueillant au repas partagé le grand patron qui ruine les petits exploitants sont tout aussi coupables que lui. Radical, le film l’est malgré l’avalanche de bons sentiments. Angelina LookingGlass (Kateri) et Matthew McConaughey sont excellents, et Jake Horowitz (déjà présent au générique du précédent film d’Andrew Patterson, The Vast of Night) est magnifique en ex-Marine devenu petit délinquant au grand coeur.
Ajoutez à tout cela une bande-son du tonnerre avec la reprise du tube Sailor and Siren du groupe folk Kuinka, beaucoup d’humour, une belle photographie un peu eighties, un récit parfaitement maîtrisé… The Rivals of Amziah King est l’une des bonnes surprises de la fin de l’été.
19 août 2026 en salle | 2h10min | Drame, Thriller
De Andrew Patterson (I)
Avec Matthew McConaughey, Angelina LookingGlass, Kurt Russell, Jake Horowitz…
Titre original The Rivals of Amziah King







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