Living Twice, Dying Thrice (« Deux vies, trois morts »), Karim Lakzadeh, prochainement, reprise ACID Cannes (Louxor, Paris)

Il y a un peu des Marx Brothers dans le prologue du film iranien Living Twice, Dying Thrice. Pas seulement à cause des moustaches bien fournies des trois pieds nickelés qui simulent leur mort lors d’un ensevelissement dans une mine. L’humour est résolument slapstick avec des répliques nonsense, des jeux de langage et des corps souvent malmenés au sein de cadrages farfelus. Soit trois mineurs qui ont réchappé à un accident fatal pour la majorité des membres de leur équipe. Ils décident de se faire passer pour morts afin que leurs familles respectives touchent l’argent de l’assurance. La première partie du film est construite en mode grande évasion. Les mineurs doivent parvenir à quitter la mine sans être vus tout en trouvant un moyen d’avertir leurs familles à propos de leur stratagème. Le réalisateur Karim Lakzadeh insuffle beaucoup de fantaisie à une série de quiproquos et de rencontres absurdes. La palme revenant à un clochard – devin.

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Le changement d’apparence physique (les hommes se rasent, se coupent les cheveux et revêtent d’autres vêtements) sert autant les péripéties des héros que la dimension symbolique du récit. En quittant les entrailles de la terre pour de bon, en endossant le statut de disparus, les trois protagonistes renaissent à la vie… ou tout au moins rêvent d’une nouvelle existence. L’action se déroule essentiellement dans quatre lieux qui sont à la fois des refuges et des prisons. La mine, le café concert réservé à quelques VIP difficilement identifiables, l’habitacle de la voiture et la résidence ultra-chic de la mystérieuse Maman Loulou. Dans un Iran aux mains des mollahs et abandonné par les puissances occidentales (et le reste du monde – est-ce là le sens de la litanie des « Merde au Canada, à la France, à l’Australie, à la Suède… »?), le seul moyen d’exister en étant un peu fidèle à soi-même est de vivre caché.

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Dans les différents intérieurs traversés, les hommes se heurtent aux aspirations féminines qui, dans ce film, semblent toutes tourner autour de l’acquisition d’un statut de célébrité. Autant les anciens mineurs revendiquent une identité fantomatique, autant les filles, sœurs et mères veulent être vues et entendues, que ce soit à travers leurs vidéos YouTube ou leurs prestations en concerts live. Intégrant des footage façon caméra cachée et des séquences hallucinatoires, le film verse dans une seconde partie dans un onirisme un peu foutraque. La charge comique de la première partie fait place à une sourde mélancolie, les trois hommes prenant conscience de la dangerosité et de l’absurdité de leur situation. Karim Lakzadeh prend le temps de filmer les corps qui dansent comme si, seule la fête, était un remède à l’oubli. Présenté à Cannes, dans la sélection ACID, le film sera distribué prochainement par Wayna Pitch. Il a été projeté à Paris et à Lyon ce week-end dans le cadre de la reprise ACID.

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Prochainement en salle | 1h43min | Drame
De Karim Lakzadeh
|Par Karim Lakzadeh
Avec Ebrahim Naeej, Mehdi Rashidi, Hojjat Hosseini…

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