Critique super méchante : Her private hell, Nicolas Winding Refn, 23 septembre
Un tel ratage cinématographique : je n’avais pas vu cela depuis longtemps. Avec Her private hell, Nicolas Winding Refn touche au sublime, version nanar en roue libre. Dès les premières minutes, malgré la somptuosité des cadrages et l’inquiétante étrangeté (réussie) des décors hôteliers, il y a quelque chose qui cloche. Le spectateur est enveloppé dans des nappes musicales qu’on croirait sorties d’un épisode de Chateauvallon, soap opera franco-helvético-britannico-italo-luxembourgeois qui connut son heure de gloire grâce aux ménagères de plus de 50 ans dans les années 1980. Et pourtant, ce n’est pas Herbert Leonard qui aux manettes de la bande-son du nouveau film du réalisateur danois mais le compositeur italien Pino Donaggio, légende vivante ayant notamment collaboré avec Brian de Palma pour Carrie au bal du diable.
Calme, luxe et volupté. En apparence, car sous les ors du penthouse couvent de sacrées névroses. Soit un groupe d’actrices censées jouer dans le même film, toutes sous la coupe d’un Daddy – producteur réalisateur (double de NWR ?) vénéneux et manipulateur (Dougray Scott). Cela minaude à qui mieux mieux, à l’excepté de l’actrice principale, notre héroïne, incarnée par une Sophie Thatcher qui, au début du film, a parfois l’air de se demander ce qu’elle fout là. Doit-on y voir une critique de la fatuité et de la superficialité des canons de beauté actuels ? Pendant plusieurs minutes on assiste à des confidences débiles sur canapés-lits, la blonde Kristine Frøseth se roulant dans des draps de satin tout en réalisant des selfies. A l’exception de Thatcher, les autres figures féminines du film (par exemple la méchante interprétée par Havana Rose Liu) sont davantage mannequins qu’actrices. Winding Refn les saisit dans leur beauté glacée sans réellement leur donner corps.
L’image est ultra saturée, les corps baignés d’une luminosité huileuse, l’ensemble se veut chic mais rappelle un vieux porno italien des années 1970. Sourires équivoques, regards concupiscents, rien ne nous est épargné dans cet érotisme soft qui agace plus qu’il ne titille. Film de genre, Her Private Hell l’est assurément, tant dans les partis pris de la mise en scène que pour l’intrigue : un tueur en série appelé le Leather Man assassine des jeunes femmes sans défense tandis qu’un ancien GI issu des années 1950 recherche sa fille disparue. Voyage dans le temps, réalités et univers qui s’entrechoquent. Les filles doivent jouer dans l’adaptation d’un comic book des années 1950, Candy Floss, que lit justement le soldat. Le scenario, au départ alléchant, s’enlise dans le symbolisme pesant (la scène à l’aiguille notamment) porté par un choeur tragique ridicule – Daddy puis les différentes nymphettes qui brodent autour du conte initial… Si quelques scènes futuristes rappellent l’ambiance du Blade Runner de Ridley Scott, on penche davantage du côté de Barbarella sans que le second degré et la référence kitch ne soient assumés (Thatcher le visage recouvert de paillettes conduisant son vaisseau spatial). Refn se prend au sérieux et cela plombe son film. Il convoque aussi les contes : la petite vendeuse d’allumettes, Cendrillon qui se pique au fuseau du rouet… mais il n’arrive jamais à les exploiter complètement… faute de vision d’ensemble ou de scenario digne de ce nom.
Avec l’apparition de Private Q, on se dit que le rythme va s’accélérer et si les bagarres sont joliment chorégraphiées (avec leur lot d’hémoglobine et d’ultra-violence), elles restent finalement marginales, Refn préférant broder (désolée de filer la métaphore de la couture, mais c’est ce mot qui me vient sans cesse en tête avec ce film) autour de l’abandon paternel, de l’inceste (avec la belle-mère devenue rivale, bonjour le complexe oedipien tordu !), livrant des dialogues ennuyeux à mourir lors de la fête avec Nico (mec faire-valoir, pourtant charismatique) puis dans le penthouse avec une Sophie Thatcher, soudainement hystérique. Une petite scène de cul casée avant la toute fin et un Private Q qui donne des coups de poings dans un miroir en rythmant les ébats. Bref, le paroxysme du ridicule. Même le méchant de l’histoire, l’énigmatique Leather Man, joué par Jason Hendil-Forssell, est réduit à néant, apparaissant à 10 minutes du générique final (vu que j’ai failli m’endormir plein de fois, peut-être était-il là avant ?), puis réduit en poussière « d’étoiles » (private joke pour les spectateurs qui auront détesté). Les lumières stroboscopiques, le recours incessant au rideau pourpre (merci Blue Velvet) et aux mannequins et statues (poncif de slashers/films gores) pour créer une atmosphère mystérieuse ne suffisent pas à sauver le film. N’est pas David Lynch qui veut.
23 septembre 2026 en salle | 1h 50min | Thriller
De Nicolas Winding Refn
|Par Nicolas Winding Refn, Esti Giordani
Avec Sophie Thatcher, Charles Melton, Kristine Frøseth





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