Les Survivants du Che, Christophe Dimitri Réveille, Cannes 2026, 9 septembre au cinéma

Présenté en séance spéciale au festival de Cannes cette année, Les survivants du Che est le fruit d’un long travail d’enquête qui s’étale sur plus de 20 ans. Au sortir du lycée, Christophe Dimitri Réveille s’intéresse à la figure du Che Guevara et découvre que l’un des compagnons du Che est réfugié politique à Paris. Recueillant les confidences de Benigno, il publie deux ouvrages, une biographie aux éditions du Rocher en 2006 puis, en 2013, une BD intitulée Benigno, mémoires d’un guérillero du Che. Après un voyage en Bolivie où il se rend dans le ravin où a été capturé le Che, Christophe Dimitri Réveille a l’intuition que son film doit donner la parole à un maximum de personnes présentes ce jour à la fois fatidique et historique. Peu à peu, il réussit à contacter d’autres survivants, Pombo et Urbano, devenus députés à Cuba et célébrés comme héros de la révolution.

Copyright Paname Distribution

En partie narré par la voix off de Vincent Lindon, Les Survivants du Che rassemble témoignages face caméra mais aussi images d’archives, séquences animées, et photos inédites du rapatriement rocambolesque des survivants à Cuba. Ce ne sera pas Khrouchtchev qui financera le retour des combattants sur leurs terres natales mais le général De Gaulle qui appareillera un avion militaire les attendant sur l’île de Pâques. Jamais manichéen ou idéologiquement dichotomique, Les Survivants du Che fait la lumière sur plusieurs aspects troubles de la mort du Che : l’incompréhension de certains paysans boliviens parlant le guarani et non le quechua face aux guérilleros du Che, l’absence de soutien de Mario Monje, alors secrétaire général du parti communiste bolivien qui refusa d’aider le Che et contribua ainsi à sa perte. Le réalisateur a également tenu à connaître et insérer dans le film, la version des militaires boliviens anti-communistes et des agents de la CIA présents sur place. L’intellectuel français Régis Debray, agent de liaison du Che qui fut capturé et torturé en Bolivie, témoigne aussi.

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La parole des anti-communistes, si elle a le mérite d’exister, demeure minoritaire. Les survivants du Che est une ode à la camaraderie, au courage et à l’honnêteté politique des survivants. Certes, leurs témoignages montrent qu’ils étaient des machines à tuer, entraînés pour survivre dans des conditions extrêmes, ce qui leur a valu une aura mythique qui a contribué à leur fuite. Têtes-brûlées – ils reviennent près du camp de leurs poursuivants afin récupérer un chien errant qui s’était entiché d’eux – les 6 survivants du Che font peur aux ranchers boliviens qui leur prêtent des pouvoirs occultes. Parfois aidés par des paysans acquis à leur cause, ils devront marcher plusieurs semaines sans nourriture, affronter des pluies diluviennes, ruser avec des policiers boliviens qui leur ont menti, et traverser l’altiplano à pied avant d’arrivée sains et saufs au Chili, patrie de Salvador Allende, alors sénateur.

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Lorsque l’émotion étreint ces vieillards toujours dignes, l’animation prend le relais. Ils s’étaient promis de veiller les uns sur les autres, mais aussi de mettre fin à leurs souffrances, en s’abattant mutuellement s’ils risquaient de ne plus être en mesure de marcher et de compromettre la survie des autres. Liés par ce pacte de mort et le souvenir du Che, ami de toujours qui leur apprit à manier les armes dans la Sierra Maestra mais aussi à lire et à s’émanciper intellectuellement, les survivants du Che évoquent les raisons qui les ont poussés à rejoindre le maquis. Si certains comme Begnino sont devenus critiques de l’héritage castriste, tous se remémorent l’espoir d’une vie meilleure suite à l’accès à l’éducation et à la santé gratuite et aux premières nationalisations après la chute du régime de Fulgencio Batista.

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Alors qu’actuellement, à travers le monde, de nombreux citoyens, issus de tous milieux socio-économiques et de toutes origines, sont tentés par les mouvements fascistes et les régimes autoritaires, la parole de ces survivants (Begnino et Pombo sont hélas décédés avant la sortie du film) résonne comme un avertissement. Il suffit d’entendre Begnino, homme de la terre car paysan, au début pas encarté au parti communiste, évoquer comment les militaires de Batista mirent le feu à sa maison, exproprièrent fermes et terres, et tuèrent son épouse alors enceinte de 5 mois (et d’autres femmes), juste par appât du gain et mépris du droit. Ou bien Urbano, évoquer ses origines métisses et comment, auprès du Che, il ressentit pour la première fois un véritable respect. Si le communisme (via le Stalinisme) a engendré beaucoup de souffrances comme en témoignent Le zéro et l’infini d’Arthur Koestler ou Une journée d’Ivan Denissovitch d’Alexandre Soljenitsyne, l’utopie de la révolution permet de se prémunir des modèles gouvernementaux qui ne profitent qu’à une petite minorité et bafouent les droits et libertés des individus. Enfin, les spectateurs qui s’intéressent peu à l’histoire ou à la politique apprécieront la dimension survival du récit avec une trépidante traversée de l’Amérique Latine dont ces hommes n’auraient jamais dû sortir vivants.

9 septembre 2026 en salle | 1h34min | Animation, Documentaire
De Christophe Réveille
|Par Christophe Réveille

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