Le chant des oliviers, Alex Camilleri, 30 septembre
Mar était en froid avec sa famille. Lorsqu’elle se pointe à l’enterrement de sa mère, ce ne sont que regards gênés et soupirs. Mais, au grand dam de ses oncles et tantes, sa mère avait décidé de lui laisser la plus grande partie de son héritage. Devant l’acharnement de sa famille à la priver de son dû, Mar accepte d’aller prendre connaissance des terrains qui lui reviennent. Mais Malte est une île gangrenée par le bétonnage sauvage. Découpé en trois chapitres comme autant de terres léguées, le film épouse les méandres de routes oubliées, barrées, ou disparues des cartes. Pour l’aider à géolocaliser son patrimoine familial, Mar peut compter sur son notaire et surtout sur Nenu, un vieillard, rencontré par hasard alors qu’elle honorait la dernière livraison de sa mère, fleuriste de son vivant.
On pourrait croire que Le chant des oliviers est un énième film initiatique intergénérationnel. Le réalisateur Alex Camilleri s’est entouré d’une actrice et d’acteurs formidables. Michela Farrugia allie grâce et incandescence. Quant à Nenu Borg, qui fait ses débuts au cinéma à 82 ans, il crève l’écran. A la fois mutin et sensible, l’acteur fait honneur au savoir ancestral dont il est le principal récipiendaire tout en servant admirablement le récit. L’ajout, en milieu de film, de Michael Azzopardi (jeune chanteur et producteur maltais), offre une nouvelle dimension aux désirs d’envol et de fuite de Mar. La jeune femme ne souhaite pas uniquement oublier des souvenirs douloureux. Comme tant d’autres jeunes de la Méditerranée qui sont candidats à l’immigration, Mar ne voit aucun avenir pour elle sur ses terres natales. Les dialogues, incisifs et sarcastiques, dévoilent le trauma de la colonisation anglaise et mettent en lumière l’héritage arabe de l’île.
Entre deux rives, deux cultures, à travers l’apprentissage d’un art, le chant maltais traditionnel ou Għana inscrit au patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’Unesco, Mar se réconcilie progressivement avec son passé, qui pourrait aussi être celui de toute une génération. Son alliance avec Nenu se révèle surprenante. Au sein d’un milieu très masculin mais pas machiste pour deux sous, Mar revit, ose exprimer à la fois la colère et les espoirs qu’elle réprimait jusqu’alors.
Le road-movie avec ses rencontres et incidents offre aussi l’occasion de dresser le portrait de la disparue. Le chant des oliviers narre l’histoire d’un pays sur plusieurs générations. Populations déplacées, expropriations, routes non entretenues, et maintenant surtourisme… La mère de Mar avait accepté de laisser la famille de squatteurs vivre sur son terrain en échange de quelques poules et surtout à condition qu’ils entretiennent les fleurs et autres végétaux qu’elle avait plantés. Face à l’ironie géopolitique, l’histoire de cette matriarche est faite de débrouillardise, de résilience et d’esprit solidaire. Au final, Le chant des oliviers, feel good movie à la superbe bande-son, interroge le spectateur sur sa capacité à considérer la Méditerranée (et ses peuples aux alentours) comme le berceau de l’Europe (et j’ose ajouter de l’humanité).
30 septembre 2026 en salle | 1h 48min | Drame
D’Alex Camilleri
Avec Michela Farrugia, Nenu Borg, Michael Azzopardi…
Titre original : Zejtune






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