Critique super méchante : Disclosure Day, Steven Spielberg, film nullissime.

Un pote m’avait déconseillé d’aller voir Disclosure Day, d’après lui véritable purge, ratée en tous points… et j’étais trop occupée à parfaire mon bronzage au bord de la piscine, puis à sauter d’île en île en ferry, puis à me geler à tenter de nager dans l’eau glacée de la Baltique pour y repenser. De retour à Paris, pour la fin de la 5e canicule estivale (youpi!), cela semblait le bon moment pour découvrir le film encore projeté au cinéma.
Eh bien, c’est une grosse m – – – -. Spielberg devrait arrêter de tourner, et les critiques de cinéma qui ont aimé devraient tous prendre une douche d’eau froide après la projection afin de prendre conscience des erreurs scénaristiques énormes qui à elles seules justifient cette critique super méchante. D’habitude, quelques inexactitudes ou incohérences dans le récit ne suffisent pas pour que j’ai envie de démolir un film. Mais là, une liste s’impose (attention spoilers) :

  • l’héroïne, miss météo de la télé locale à Kansas City découvre que des hommes en noir l’ont suivie jusqu’à sa chambre d’hôpital. Elle tente de s’échapper en indiquant qu’elle se rend aux toilettes. Sauf qu’elle met trois plombes à se rhabiller, puis se dispute avec son petit ami qui lui-même discute avec la vieille dame qui occupe la chambre par laquelle ils vont s’évader. Ensuite, elle reçoit un appel d’un ami sur son téléphone, parle pendant au moins 5 minutes. Sur les conseils de ce dernier, elle essaie laborieusement de rouler en marche arrière (à quatre reprises) sur son téléphone pour l’écraser et ainsi ne plus se faire pister… Pour quelqu’un qui doit décamper à toute vitesse, elle prend son temps. Comment ne pas s’étonner que les hommes en noir n’ait pas compris qu’elle n’était plus aux toilettes ?
  • le héros confie l’artefact extraterrestre que les méchants convoitent à sa petite-amie, reliée télépathiquement au super-méchant, petite-amie qui a failli le tuer à plusieurs reprises sous l’emprise mentale du super-méchant (comme solution, on n’a pas trouvé mieux !)

Colin Firth a des problèmes de transit. Copyright Universal Studios. All Rights Reserved.

  • Quand le héros doit quitter la ferme où il s’était réfugié, il n’essaie même pas de se faufiler mais court à découvert, fait un vacarme de tous les diables en marchant sur des brindilles et ô miracle, trouve les clefs sur la voiture (dont la portière est restée grande ouverte) des méchants puis démarre dans leur direction. Cerné de tous côtés, on tire à qui mieux mieux sur son bolide mais seulement un pneu éclate, et encore au bout de dix minutes de poursuite.
  • Le héros et sa petite amie font semblant d’être morts dans leur voiture qui a plongé dans l’eau. En réalité, ils sont dissimulés à moins de deux mètres de leurs poursuivants. Cachés derrière un rocher, ils ne se font même pas repérer. Étonnant que des agents gouvernementaux ne fouillent même pas les parages immédiats.
  • Le super méchant tente de localiser le héros et sa petite amie, il se relie donc télépathiquement à la jeune femme qui ne dort pas et fixe son amoureux : ça tombe bien, le héros s’est endormi en gardant dans sa main une page du bloc note de sa chambre avec en-tête et adresse de l’hôtel. Bah quoi, ça ne vous arrive jamais de vous endormir avec le bloc note de votre Mercure préféré serré dans votre main comme un doudou ?
  • on parle de Code Schengen à la place des accords de Schengen pour l’Europe ? Eh oh, les petites mains chargées de vérifier les infos historiques ou géographiques pour les scénaristes, vous n’êtes pas assez payées ?

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  • Pour empêcher la chaîne de télévision d’émettre et de révéler l’incroyable vérité (que les spectateurs connaissent depuis le début grâce au titre du film !), les méchants prennent d’assaut une centrale électrique et posent des charges prêtes à détonner sur chacun des boîtiers / transformateurs… Il suffisait de couper le courant en appuyant sur un interrupteur général mais bon, faut bien ménager le suspense avec cette énorme ficelle.
  • Quand tout semble perdu pour les gentils, la petite amie du héros qui avait disparu depuis plus de 40 minutes de l’écran (elle s’était réfugiée chez des nonnes) réapparaît ex-nihilo, parvient à passer à travers les cordons de police, et brandit l’artefact alien – Mac Guffin nullissime – qui permettra à la vérité d’éclater. Bon apparemment le lien télépathique était rompu avec le méchant et le couvent (connu des méchants) était la meilleure planque possible.

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La liste pourrait continuer ad-nauseam. Seules deux scènes d’action surnagent au milieu de ce naufrage dans l’écriture du scenario : celle du train et celle du camion de pompier rendu invisible par l’artefact alien. Et encore, elles n’apportent pas grand-chose au récit mais elles ont au moins le mérite d’être correctement filmées et de ne pas comporter d’aberrations.

Si au moins Spielberg s’en était tenu à sa traque paranoïaque lorgnant du côté d’X-Files, Disclosure Day aurait pu être un honnête nanar de série B. Mais notre maestro a voulu colorer son film raté d’un message prophétique : seule l’empathie – offerte en don à l’humanité par les aliens, rien que ça – nous sauvera tous.

On vous passe les digressions malvenues et lourdes, mais lourdes, sur la crise existentielle potentielle de millions de croyants (chrétiens, on est aux USA, faudrait pas évoquer les autres religions non plus hein ?) qui seraient paumés si les aliens venaient à débarquer d’un coup… On n’évoquera même pas l’insertion d’une séquence façon fable avec maison de Hansel et Gretel et animaux des bois censée enchanter le film mais qui confirme seulement le ressassement des mêmes clichés de film en film par Spielberg depuis un bon moment déjà.

Bref, rien de nouveau, rien d’original dans Disclosure Day. Les aliens sont filmés comme de petits gris, merci les années 1990 et X-Files. Des images de supposées archives sur des crash extraterrestres sont insérées (la France entière s’était gondolée à l’époque du canular de Roswell).

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Colin Firth en fait des tonnes, le mec de Bridget Jones ne peut pas être crédible en méchant ! Et à la fin, son subordonné (responsable de la seule scène potable du film, celle du train), quitte le plateau tv sans même dégainer son arme, seule action logique depuis le début puisqu’il était présenté en agent jusqu’au-boutiste, désireux de respecter les ordres. Ah non, je sais ce qui s’est passé, il a été ému par Miss Météo et l’alien en caoutchouc. Vive l’empathie.

Rien de ceci ne serait grave si le film n’était pas sorti en pleine vague de déclassification de pseudos documents secrets sur de potentiels ET. Comme ça, on parle de fantasmes et non des problèmes sociaux actuels aux USA et surtout de la destruction du vivant, du musellement de tous les contre-pouvoirs et du racisme généralisé (on tire sur des gens qui ont MÊME leurs papiers, juste parce qu’ils sont trop basanés – Native Americans, Noirs ou Latinos – ou qu’ils manifestent) orchestré par un président hors la loi. Spielberg, pote à Trump ? Ce film pourrait le faire croire. Pour la véritable empathie, on repassera.

10 juin 2026 en salle | 2h25min | Science Fiction, Thriller
De Steven Spielberg
|Par David Koepp
Avec Emily Blunt, Josh O’Connor, Colin Firth

 

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