Gouffres et merveilles, Jean Boiron-Lajous, 2 septembre

Jean Boiron-Lajous filme sa meilleure amie, Christine, lors d’un road-movie qui les entraîne sur les routes du sud de la France. Le réalisateur délaisse les fonctionnaires en crise qu’il avait sondés dans son dernier documentaire Hors-service afin de composer un récit plus intime qui fait résonner son histoire personnelle avec celle de son amie. Autant Jean Boiron-Lajous, souvent en hors champ, est réservé, autant Christine est survoltée. Même lorsqu’elle est filmée en train de rêver, dormir ou lézarder au soleil, la colère couve. La faute à maman, qui n’a pas arrêté de la violenter, verbalement et psychologiquement, depuis sa plus tendre enfance. Et pourtant, c’est cette mère honnie qui est la destination finale du voyage.

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Alors que le réalisateur filme une écorchée vive, son film cultive une esthétique pop, colorée et légère. Que ce soit pour introduire la quête de son amie (partie à la recherche d’une hypothétique lettre de son père, confisquée par la méchante mère) ou pour clore ce drôle de voyage, il multiplie les effets à base de collages, d’animations avec lettres de scrabble ou personnages playmobil (qui rappellent parfois le cinéma bouts de ficelles de Gondry). Tout ceci renforce la dimension work in progress du documentaire. Le spectateur assiste à un film en train de se faire devant lui, au gré des aléas du voyage (panne automobile et garage fermé pour cause de 14 juillet) mais aussi des rencontres (avec un charmant auto-stoppeur) et des hésitations et voltefaces de Christine.

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On est tenté de jouer au psy, de crier à Christine « stop, ne va pas dans cette direction, tu vas encore te faire du mal ! » mais il serait hasardeux de le faire. Une altercation entre le réalisateur et son sujet et amie montre que l’enjeu n’est pas dans la compréhension de Christine mais plutôt dans l’acceptation de ce portrait quelque peu borderline. Christine répète à plusieurs reprises « Tu n’es pas dans ma tête, tu ne peux pas savoir ce que je pense », et si elle émet des doutes quant à sa propre santé mentale, indiquant qu’elle craint de paraître folle aux yeux des spectateurs, l’ex-journaliste est moins dans l’introspection que l’action pour l’action.

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La forme du film épouse les méandres du voyage intérieur de Christine et si la traversée n’est pas sans charme, le spectateur est parfois laissé au bord de la route. Le film avait heureusement adopté très vite une dimension dénonciatrice à propos des violences intrafamiliales, notamment faites aux enfants. Mais Christine reste une figure ambivalente. Elle ne peut se résoudre à accepter la méchanceté, peut-être gratuite, peut-être innée, de sa mère. Alors, au lieu de vivre à fond sa révolte puis de passer à autre chose afin de construire elle-même quelque chose, elle se perd, en toute fin de film, en justifications, allant jusqu’à cueillir un bouquet de lavande pour la matriarche et avouer que celle-ci « la touche. »

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Mère folle, ou mère intrinsèquement méchante et perverse ? L’opposition psychopathologie et sociopathie traverse tout le film mais faute de contextualisations, d’éclaircissements, d’une véritable recherche de vérité, le combat pour la défense des enfants maltraités (pourtant amorcé par la lecture du rapport de la juge suite au signalement fait par un enseignant) est abandonné sur le bas-côté et le film se termine sur un happy end assez retors qui symbolise l’impasse de la recherche initiale. On souhaite tout le meilleur à Christine, on ne la juge pas, mais on aurait aimé que le film ne la ramène pas à son point de départ.

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2 septembre 2026 en salle | 1h19min | Documentaire
De Jean Boiron-Lajous
|Par Jean Boiron-Lajous
Avec Christine Dancausse, Jean Boiron-Lajous

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