Le héros de Berlin, Wolfgang Becker, 15 juillet
Le dernier film de Wolfgang Becker (décédé le 12 décembre 2024), réalisateur de Good-bye Lenin, sort sur nos écrans le 15 juillet. Et c’est une petite merveille ! Porté par la bande-son majestueuse de Lorenz Dangel et Martin Pedersen (on se croirait dans du Fellini), Le héros de Berlin est plus qu’un récit d’espions ou l’adaptation du roman de Maxim Leo.
C’est une ode au cinéma, aux histoires que l’on aime écrire ou se raconter ! Soit Micha Hartung (Charly Hübner), propriétaire d’un vidéoclub berlinois au bord de la faillite. Sa femme l’a quitté, sans raison, quelques jours après la réunification de l’Allemagne. Son seul succès est d’avoir réussi à élever seul leur fille unique. A l’orée du 30e anniversaire de la fin de la RDA, un journaliste le contacte. Il croit détenir un scoop après avoir exhumé un vieil incident. A la faveur d’une manipulation d’aiguillage, supposément effectuée par Micha, un train en provenance de la RDA et transportant plus de 120 personnes avait réussi à entrer en RFA !
La métaphore du train qui fonce à toute allure traverse tout le film. Micha se retrouve, un peu malgré lui, propulsé sur la scène médiatique, devenant le héros d’une histoire où tous les détails n’ont pas été rendus publics. Un mensonge par omission est-il un mensonge à moitié pardonné ? La version vendue par le journaliste profite à Micha à court terme : il goûte les joies de la notoriété, se fait transporter en limousine, signe des autographes à tour de bras, se voit proposer un contrat d’édition puis d’adaptation du livre à la télévision, et il participe en prime time, à une célèbre émission de télévision en compagnie de la patineuse Katarina Witt (dans son propre rôle), autre star de la défunte RDA.
L’apparition de Katarina Witt dans le film n’est pas qu’anecdotique : la jeune femme vécut sous l’intense surveillance de la police politique est-allemande, la STASI, depuis l’âge de 7 ans. Mais de victime à accusée, il n’y a souvent qu’un pas. Après la réunification, elle fut soupçonnée d’avoir été une espionne de la STASI, ce qu’elle réfuta dans son autobiographie. La dénonciation de l’emballement médiatique – le rédac-chef ne vérifie même pas les sources – qui permet la grosse escroquerie autour de Micha se double d’une réflexion sur la vérité historique. « C’est un point sur lequel tout le monde se met d’accord » ne cessent de répéter plusieurs personnages du film.
En faisant de Micha le point de convergence de plusieurs figures du passé – le fondateur d’une association de mémoire historique, des agents de la STASI et des services secrets de la RFA, une mystérieuse passagère du train – le film montre qu’il existera toujours plusieurs vérités. Surfant sur l’Ostalgie, la nostalgie de la RDA, le film livre plusieurs dialogues mordants où des personnages nous démontrent par A plus B que finalement ce n’était pas si mal sous l’occupation soviétique. On rit beaucoup de voir le vrai héros de l’histoire – jusqu’à ce que l’on apprenne aussi son dirty little secret – évoquer, auprès de gamins qui n’en n’ont rien à faire, ses années de détention en RDA. Thorsten Merten (qui interprète Harald Wischnewsky, ex-détenu des geôles est-allemandes) est simplement génial. Son combat pour rétablir les faits et sa rivalité avec Micha l’imposteur valent leur pesant d’or !
Au-delà de la farce, il y a cette histoire d’amour, improbable mais terriblement hollywoodienne, en tout cas filmée et mise en musique comme telle. Sans la supercherie du journaliste, Micha n’aurait jamais rencontré la féline Paula (Christiane Paul). A première vue, ces deux-là n’ont rien en commun, à part cette histoire de vraie-fausse évasion en train. Leur romance – ponctuée de références cinématographiques – se déroule en parallèle des retrouvailles entre ex-agents secrets qui évoquent, à coup de shots de vodka, leur reconversion (plus ou moins réussie) dans l’Allemagne réunifiée. Il y a une méfiance intrinsèque de l’appareil d’état qui s’exprime dans Le héro de Berlin. Les méchants ne sont finalement pas ces agents (parfois doubles) qui toute leur vie ont fait du service à la raison d’état leur mode de fonctionnement, mais bien les dirigeants qui réécrivent l’histoire à leur guise, sacrifiant sur l’autel des modes et de l’argent les ex héros nationaux.
15 juillet 2026 en salle | 1h53min | Comédie dramatique
De Wolfgang Becker
|Par Constantin Lieb, Wolfgang Becker
Avec Charly Hübner, Christiane Paul, Leon Ullrich, Thorsten Merten, Daniel Brühl
Titre original : Der Held vom Bahnhof Friedrichstraße






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