The last viking, Anders Thomas Jensen, 15 juillet

Film de casse qui déraille complètement après la séquence introductive, The Last Viking est une merveille d’humour noir et d’absurdité avec en toile de fond des névroses familiales sublimées en récit épique. Nous sommes au Danemark où tout, ou presque, est permis : sauf de plaisanter avec IKEA et avec l’imagerie viking. Vous le comprendrez si vous allez voir le film, cela a son importance dans la suite des événements. Anker, sujet à des crises de colère incontrôlées, s’est fait arrêter pour un braquage de banque. 15 ans après son incarcération, il sort de prison, bien décidé à filer à l’anglaise avec le butin qu’il avait juste eu le temps de confier à son petit frère Manfred, un doux rêveur solitaire.

Copyright Rolf Konow.

Le dernier film du réalisateur danois Anders Thomas Jensen – qui renoue avec ses acteurs fétiches Mads Mikkelsen et Nikolaj Lie Kaas – s’ouvre par une séquence animée où il est bien évidemment question de deux frères, membres d’un même clan viking. Plus intrigante qu’explicative – le sens caché de ce court dessin-animé ne sera révélé qu’en toute fin – cette animation donne néanmoins le ton à ce qui va suivre, comme pour alerter le spectateur. Attention, même si The Last Viking a été projeté dans des festivals consacrés au polar, l’objet cinématographique qui se matérialise sous vos yeux défie les genres et les conventions.

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Comme dans tout conte qui se respecte, il faut quitter le domicile familial pour s’aventurer dans les tréfonds d’une sombre forêt. Davantage qu’un simple décor, les immensités boisées suédoises (le film a été tourné près de Göteborg dans le Västra Götaland) fonctionnent ici comme une métaphore de la psyché des deux frères. A chacun sa manière de se plonger dans le passé familial : Anker ne cesse de creuser (en principe pour retrouver l’argent, en réalité pour se remémorer) tandis que Manfred joue à cache cache derrière les grands épicéas. En ce sens, ils ré-endossent les rôles (de leader et d’enfant effacé) que leurs parents leur avaient attribué plusieurs décennies auparavant.

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Ce qui semblait une fuite – Anker est pourchassé par son ancien complice – est en fait un retour aux sources, dans la maison d’enfance de la fratrie. La menace sourd – elle donnera lieu à quelques moments gore – mais elle n’est pas là où on l’attendait. Dans The Last Viking, les apparences sont trompeuses. Pourquoi Manfred se prend-il pour John Lennon ? Où a-t-il enterré l’argent ? Le film répondra à toutes ces questions mais le fou n’est pas celui que l’on croit. The Last Viking flirte ouvertement avec la comédie quand une bande de personnages secondaires – des patients psychiatriques et leur médecin (Lars Brygmann, hilarant) – débarquent dans la forêt pour reformer les Beatles. Ce qui se présente comme une expérience thérapeutique se révèle cathartique pour tous : les deux frères, la soeur (qui rejoindra à son tour la forêt) et le couple de nouveaux propriétaires de la maison, un écrivain en mal d’inspiration et sa femme, une ancienne top modèle devenue accro à la boxe.

Copyright Samuel Goldwyn Films;

Si tout cela paraît confus, cela ne l’est pourtant pas du tout. Le récit est rondement mené et les ultimes flashbacks servent moins à conclure un scenario qu’à creuser un peu plus le drame intime des deux frères. Le tout peut se lire comme une étrange mais très juste variation cinématographique des meilleurs travaux (Sandor Ferenczi, Michael Balint…) sur la mémoire traumatique. Tout en retenue, Mads Mikkelsen (incroyable!) campe un homme que l’on croit fou mais qui sait, qui a vu, qui se souvient. Face à lui, Nikolaj Lie Kaas, débordant de colère, est peut-être celui qui émeut le plus, se croyant fonctionnel, mais étant au fond de lui-même complètement broyé par le passé refoulé. Au final, si le film résonne comme une invitation à accepter nos multiples identités, il est davantage question d’art que de tolérance. La force des deux frères est d’être parvenus, par l’action brute (Anker) ou l’imagination (Manfred), à reprendre le contrôle sur le narratif de leurs vies. Témoigner, ne pas laisser à d’autres le soin d’écrire l’histoire – personnelle ou collective – c’est aussi ce qui motive bon nombre de cinéastes…

Copyright Samuel Goldwyn Films.

15 juillet 2026 en salle | 1h56min | Comédie, Drame, Thriller
De Anders Thomas Jensen
Avec Mads Mikkelsen, Nikolaj Lie Kaas, Lars Brygmann
Titre original : Den Sidste Viking

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