Decorado, Alberto Vázquez, Annecy Film Festival, au cinéma le 26 août 2026
Et si le monde n’était qu’une vaste scène de théâtre ? Cette analogie n’est pas nouvelle, Shakespeare l’utilisa dans nombre de ses tragédies, dont Macbeth avec la fameuse tirade à la scène 5 de l’acte V : « La vie n’est qu’une ombre en marche, un pauvre acteur qui s’agite pendant une heure sur scène et qu’ensuite on n’entend plus. C’est une histoire racontée par un idiot, pleine de bruit et de fureur, et qui ne signifie rien. » (voir aussi Calderón de la Barca dans La Vie est un songe) Dans Decorado, dernier film d’animation du réalisateur espagnol Alberto Vázquez, c’est Arnold, souris au chômage qui a l’impression de vivre les événements autour de lui comme s’il n’était qu’un simple spectateur. Étranger à sa vie, en pleine dépression, Arnold finit par se convaincre qu’autour de lui, tout le monde joue un rôle. Un peu à la manière du Truman Show.
Decorado est d’abord un immense décor : une ville gouvernée par le mystérieux président d’une corporation, ALMA, qui malgré son nom (âme en espagnol) désincarne et étouffe l’ensemble de la société, des travailleurs, en bas de l’échelle, aux dirigeants et personnalités médiatiques. Autour de cette ville, un bois impénétrable où se sont réfugiés marginaux et autres déviants. Au delà, l’inconnu car personne ne s’y est jamais risqué. Critique du conditionnement social, de la déshumanisation par le capitalisme, Decorado est un conte allégorique très très noir, à réserver aux adultes.
Paranoïaque, le film dégage – sous son apparence enfantine – un sentiment d’angoisse qui va croissant tout au long du récit. A la suite de la disparition de son meilleur ami – qui s’est aventuré dans le bois malgré l’interdit – Arnold arrête de prendre chaque matin ses pilules du bonheur et mène l’enquête. A mesure qu’il approche de la vérité, sa relation avec son épouse se dégrade. Celle-ci doit faire face à d’autres problèmes. Illustratrice, elle a perdu l’inspiration, et une mauvaise fée (qui la rabaisse et lui fait perdre confiance en elle) la visite régulièrement. Qui plus est, elle tente de résister aux avances du manager général qui aimerait bien la ravir à Arnold.
On pourrait croire que la dynamique de couple dépeinte par Vázquez est le rayon de soleil qui permet au film d’instiller un peu d’espoir quant à sa conclusion. Mais Vázquez est plus proche d’un Harvey Kurtzman ou de l’univers d’Howard the Duck dont semble directement inspiré le personnage de Pato Roni (Canard Roni), un acteur à la dérive, devenu SDF et accro à toutes sortes de substances… C’est d’ailleurs Vázquez qui double le canard.
Visuellement époustouflant – José Luis Ágreda (Robot Dreams…) est le directeur artistique – virtuose dans sa narration, alternant séquences burlesques à l’humour grinçant avec des mises en abyme très noires, Decorado est assurément un film très réussi. Mais, on sort de la projection un peu sonné, avec l’envie d’avoir un peu plus foi en l’humanité.
26 août 2026 en salle | 1h35min | Animation, Comédie
De Alberto Vázquez (II)
|Par Alberto Vázquez (II), Francesc Xavier Manuel
Avec Asier Hormaza, Kandido Uranga, Oscar Fernandez






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