Jim Queen, Marco Nguyen, Nicolas Athane, 17 juin

Que se passerait-il si, à cause d’un virus, tous les hommes gays devenaient hétérosexuels ? Les journaux TV titraient-ils « Pénurie de stewards et de coiffeurs », « Fashion week annulée », « Ricky Martin épouse Taylor Swift » ? Jim Queen, premier long-métrage d’animation réalisé par le duo Marco Nguyen et Nicolas Athane, surfe sur les stéréotypes pour mieux les dynamiter. Amateurs de finesse, passez votre chemin. Mais, en jouant à fond la carte du délire total, Jim Queen se révèle plus intelligent qu’il n’y paraît. Film irrévérencieux distribué par The Jokers, Jim Queen est la quête épique de deux gays que tout oppose. Il y a d’abord Lucien, un twink introverti, pas encore sorti du placard, dominé par une mère, Christine Bayer, qui n’est autre que la ministre de la santé. Et puis, il y a Jim Queen alias Jim Parfait, tous pectoraux dehors, un influenceur aux millions d’abonnés, le dieu des salles de gym du Marais.

A la recherche du Professeur Ragout, médecin radié qui a mis au point la chloroqueer, un vaccin contre l’Hétérose, Jim et Lucien rencontrent plusieurs représentants de la communauté gay. Il y a Glamydya, drag queen membre des Soeurs du Perpétuel Secours, mais aussi Robear, ancien mec de Jim, qui a abandonné les salles de gym et les repas hyper-protéinés pour les soirées karaoké arrosées de bière. Les amateurs de cuir font aussi leur apparition lorsqu’une milice, la Gaystapo se met à poursuivre Jim pour le forcer, par un traitement de choc à redevenir gay. Satirique, Jim Queen force le trait pour mieux dénoncer les ghettos existant au sein de la communauté LGBTQI+. Le film regorge aussi de clins d’œil à la gestion de la crise du COVID, du docteur Ragout qui a les mêmes cheveux longs que Didier Raoult, au nom du traitement, sans oublier, dans les dialogues, toute la rhétorique paranoïaque qui s’était mise en place à l’époque contre les non-vaccinés, tenus responsables de propager la maladie.

Rythmé par des gags visuels et des jeux de mots désopilants toutes les 30 secondes, Jim Queen sait ralentir le rythme, lors d’émouvantes séquences chantées, notamment quand Jim et Lucien retrouvent Glamydya au Rosa Bonheur, la drag n’hésitant à mettre sa vie en danger pour les sauver. Les pérégrinations des deux héros, du Marais au labyrinthe du jardin des Tuileries, dessinent une géographie parisienne gay, chaque quartier étant le repère de sous-clans, les chemsexers, les mateurs…

100% gay, Jim Queen est aussi carrément SF (avec l’apparition du Dieu Prostate, doublé par Philippe Katerine!) et fantastique. Les amateurs de la série TV Rick et Morty adoreront Jim Queen, même s’ils sont hétérosexuels. On y retrouve le même degré de délire visuel avec des créatures plus barrées les unes que les autres et un humour, forcément en dessous de la ceinture mais parfois aussi très pipi caca, mention spéciale à la charge des CRS contre des militants gays les fesses écartées. Et puis, il y a aussi le personnage de Nina, une femme médecin hétéro qui donnerait sa vie pour aider son meilleur ami gay. Complètement délirant, Jim Queen est aussi un formidable appel à faire tomber toutes les barrières, afin que Paris et le reste du monde demeurent une immense fête.

17 juin 2026 en salle | 1h25min | Animation, Comédie
De Marco Nguyen, Nicolas Athane
|Par Simon Balteaux, Brice Chevillard
Avec Alex Ramires, Jérémy Gillet, Shirley Souagnon

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