Maigret et le mort amoureux, Pascal Bonitzer, le 7 juillet en DVD
[Critique publiée initialement le 20 juin]
On ne compte plus les incarnations du commissaire Maigret sur petit ou grand écran. Si certaines interprétations ont fait l’unanimité (je songe à Bruno Cremer qui partageait avec le personnage inventé par Georges Simenon carrure et bonhommie), d’autres ont laissé plus perplexes comme celle, plus récente, de Rowan Atkinson pour la télévision britannique ou encore celle de Depardieu (trop monstrueux, trop beauf, trop bourré, trop quoi!) dans le film de Patrice Leconte. La dernière adaptation en date d’un roman de Simenon avait de quoi inquiéter mais Denis Podalydès réussit à faire oublier les personnifications tutélaires précédentes pour imposer son Maigret, différent mais aussi très proche de la version papier de Simenon.
Quiconque connaît et apprécie l’œuvre du romancier belge sait qu’il dézingue à tout va contre la morale et l’ordre bourgeois. Une posture d’écrivain paradoxale pour un homme qui finira sa vie au bord du lac Léman en compagnie de Teresa Sburelin, son ex-employée de maison devenue sa dernière compagne. A l’exception de Teresa, les femmes qui ont partagé la vie de l’écrivain n’ont jamais été tendres avec lui. Souvent décrit comme avide de conquêtes, voire dominateur – notamment par Denyse, sa seconde épouse, dans Un oiseau pour le chat ou Le Phallus d’or – l’homme Simenon semble l’antithèse de Maigret, le personnage, fonctionnaire placide qui apprécie de rentrer le soir à la maison. Quelle que soit la vérité sur le romancier, et la part qu’aura pu jouer sa mère dans sa vision négative de la féminité, on se bornera à constater que les femmes jouent un rôle important dans sa vie et ses livres.
Maigret et le mort amoureux réalisé par Pascal Bonitzer est l’adaptation du roman intitulé Maigret et les vieillards. Si notre commissaire a pour principaux interlocuteurs une bande de vieux nantis habitant tous rive gauche, c’est un incroyable duo de femmes, deux grenouilles de bénitier qui mènent la danse. D’un côté, une princesse qui n’aime pas les enfants, de l’autre une domestique vieille fille. Toutes deux se sont partagées les faveurs de la victime, un ancien diplomate en poste dans différents pays comme ambassadeur. Depuis quelques années, la princesse, mariée à un autre, entretient une relation épistolaire platonique avec l’ex ambassadeur. Comme la gouvernante, elle fréquente la paroisse d’un prêtre traditionaliste (joué par Noel Simsolo qu’on a immensément plaisir à retrouver dans le film) qui jouera un rôle non négligeable dans le dénouement.
Pascal Bonitzer change la fin du roman et livre un film relativement classique dans le déroulement de l’enquête. Denis Podalydès campe un Maigret terrien et épicurien, et le réalisateur a conservé les traditionnels moments de debrief autour des sandwichs et des demis montés de la brasserie. Bien sûr, Bonitzer a modernisé l’intrigue qui se déroule de nos jours, et plus dans les années 1950-1960. Mais, sans la présence de téléphones ou d’ordinateurs portables, le spectateur pourrait presque se croire transporté plus de 50 ans en arrière. Car le milieu feutré (mais non moins glauque) filmé par le réalisateur a peu, voire pas changé de nos jours. Qu’on songe à l’entre-soi mis à jour par les récents scandales dans les établissements privés tels que l’école alsacienne. Les maris au-dessus de tout soupçon montent à Paris pour tromper leur épouse, les vieillards fortunés tripatouillent leurs belles-filles, bref, sous le vernis des bonnes manières et du respect des convenances couvent des passions sordides. Je ne révélerai pas la fin mais les deux principales héroïnes n’en sortent pas grandies. Ce n’est peut-être pas politiquement correct à notre époque, mais en cela, cette énième adaptation ne dépareille pas dans l’univers Simenon, un romancier pour qui le mal pouvait être l’apanage de tous et de toutes.
Le DVD comporte plusieurs bonus : des bande-annonces, une captation (très intéressante) d’une masterclass littéraire et technique de 25 minutes animée par le réalisateur Pascal Bonitzer et John Simenon, enregistrée à la Fondation Jan Michalski en 2024, et une interview exclusive de Denis Podalydès pour le magazine Le Nouvel Obs.
18 février 2026 en salle / le 7 juillet en DVD | 1h20min | Policier
De Pascal Bonitzer
Avec Denis Podalydès, Anne Alvaro, Manuel Guillot, Irène Jacob, Micha Lescot, Olivier Rabourdin, Noël Simsolo, Dominique Reymond






Commentaires récents