The Christophers, Steven Soderbergh, 10 juin
Steven Soderbergh a bâti sa filmographie sur la mise en image des faux semblants et des trahisons. Depuis Sexe, mensonges et vidéo, palme d’or au festival de Cannes en 1989, jusqu’à The Insider, film d’espionnage atypique sorti en 2025, le réalisateur explore sur grand écran les conséquences de nos petits et grands mensonges. Avec The Christophers, il s’attaque au monde de l’art et orchestre la confrontation entre une faussaire (Michaela Coel) et un ancien maître (Ian McKellen, émouvant) qui n’a rien réalisé depuis plusieurs décennies. L’intérêt du film n’est pas la critique sous-jacente du milieu artistique dans lequel évoluent les deux personnages principaux. Les récents scandales impliquant de prestigieuses maisons de vente comme Sothebys et des institutions internationales telles que le musée du Louvre ou le Met à New York ont permis aux profanes de découvrir que oui, il y a de nombreuses falsifications de documents concernant la provenance de certaines œuvres, quand ce ne sont pas de faux tableaux ou artefacts qui sont exposés ou mis à la vente.
Ici, ce sont les enfants du grand Julian Sklar (Ian McKellen) qui aimeraient recruter une responsable de restauration de tableaux (et ancienne faussaire) afin de terminer une série de toiles non achevées. Ces « Christophers », du nom de l’ex amant de Julian, pourraient alors se vendre plusieurs millions. Lori accepte ce marché de dupes car elle a un compte à régler avec Sklar, vieux misanthrope, souvent misogyne, prétentieux et sardonique. Dans un espace très réduit, l’appartement – atelier de plusieurs étages, Soderbergh filme deux solitaires. Une jeune femme bourrée de talent – devenu faussaire par nécessité – qui, comme son maître avant elle, a choisi de ne plus exposer ses œuvres. Les motivations du vieil homme et de la jeune artiste sont différentes. Mais Lori agit comme un miroir, un révélateur pour Julian.
On cause beaucoup de vocation, de l’intégrité de l’artiste. Sklar a choisi la voie facile. Fatigué du cirque médiatique et des demandes exigeantes du milieu, il s’est progressivement mis hors système, vendant des toiles dans la rue ou participant à Art-Fight, émission de télé-réalité durant laquelle il réduit à néant tous les espoirs de carrière des candidats qu’il ridiculise à coup de remarques acides. Rentabilisant sa renommée, il signe désormais des œuvres composées à la demande, via une messagerie instantanée. Sa production, devenu quasi industrielle, n’a plus aucun sens à ses yeux mais elle lui permet de se maintenir à flots. Le film dissèque la fascination de Lori pour Sklar : la jeune femme autrefois émue par les tableaux de jeunesse du maître, est désormais devenue sa plus féroce critique. Au contact de son assistante – faussaire, le vieil homme revisite son passé, et surtout renoue – ne serait-ce qu’à travers le souvenir – avec Christopher, son bel Adonis.
Pourquoi ne finit-on pas certaines œuvres ? Quelle vision transmet-on à la société quand on ne partage plus ses valeurs ? Pourquoi certains artistes mettent-ils tant de passion à détruire les derniers vestiges des personnes qu’ils avaient pourtant érigé en muses ? C’est lorsque le film tente de répondre à ces questions qu’il se révèle le plus captivant. Plus qu’une histoire de faussaires, The Christophers est une méditation élégante sur l’art et probablement l’un des derniers et meilleurs films de Ian McKellen.
10 juin 2026 en salle | 1h40min | Comédie, Drame
De Steven Soderbergh
|Par Ed Solomon
Avec Ian McKellen, Michaela Coel, James Corden





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