Seuls les rebelles, Danielle Arbid, 24 juin

Rencontre entre deux solitudes dans un décor de carton pâte. Vraie-fausse histoire d’amour, seule importe l’illusion des sentiments. La première image du film porte la signature de sa réalisatrice Danielle Arbid qui précise sa démarche. En raison des bombardements d’Israël, le film n’a pu être tourné au Liban avec les acteurs. La cinéaste a donc reconstitué des rues, quartiers et intérieurs libanais, filmés en amont du montage par une équipe technique sur place, en les rétroprojetant au studio de la Montjoie, en banlieue parisienne. Ce film dans le film entre en résonance avec la liaison amoureuse de Suzanne (Hiam Abbass), veuve libanaise d’origine palestinienne, et Osmane (Amine Benrachid), jeune réfugié soudanais.

Copyright JHR Films

Portés par leur amour naissant, Suzanne et Osmane deviennent étrangers au monde qui les entoure, à leurs relations professionnelles, familiales ou amicales. Comme en apesanteur, leurs corps se meuvent à la plage, aux pieds des buildings abîmés : Suzanne et Osmane ne se quittent jamais des yeux. Pourtant, la présence de la ville est nécessaire. Car elle renforce l’urgence de vivre cet amour, à la fois condamné par la société, et menacé par les bombes et, de manière plus générale, par l’instabilité politique au Moyen-Orient.

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A la simplicité des premières nuits ensemble succède le jugement désapprobateur. Celui-ci s’exprime au travail, dans la boutique de tissus où travaille Suzanne, dans le lobby de son immeuble, à travers les questions sournoises d’une voisine. Osmane est paradoxalement mieux loti. Jeune, sans attaches ou famille, il n’a rien à perdre. Osmane s’est entouré d’une bande de marginaux, tous habitués du même café. Il y la fille du patron, qui chante d’une voix d’ange en servant les consommations. Mais aussi un travesti qui se prostitue le long des autoroutes qui traversent Beyrouth. Au contact d’Osmane, Suzanne se libère du carcan dans lequel son veuvage et les habitudes l’avaient enfermée. Le didactisme de certains dialogues – sur l’acceptation des différences, sur la liberté – plombe parfois le rythme du film : les images, très travaillées, et l’alchimie du couple suffisaient à exprimer tout cela.

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« Toi et ton frère, vous êtes vulgaires, vous ne parlez que de sexe et d’argent. Jamais d’amour. » Au qu’en dira-t-on, Suzanne oppose la pureté des sentiments. Avec en toile de fond un sujet grave, l’exploitation des migrants, Danielle Arbib tisse une histoire d’amour délicate et souvent drôle. Désireuse de redorer sa réputation, Suzanne enchaîne les visites à des prêtres chrétiens de différentes confessions. Si le dernier homme de foi ne refuse pas ouvertement de célébrer son mariage, ses remarques impertinentes prononcées sur le ton du badinage renvoie la veuve aux nombreux écueils qui se dressent devant elle. Plus de 40 ans de différence d’âge, pas de papiers pour le futur marié… En filmant les errances et les tentations d’Osmane dans une 2e partie de film bien plus sombre, la réalisatrice laisse planer le doute : amour intéressé ou véritable rencontre ? Ménageant ses personnages sans jamais céder à l’angélisme, Danielle Arbid offre, avec l’ultime coup de fil, une belle sortie à Suzanne et Osmane.

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24 juin 2026 en salle | 1h38min | Drame
De Danielle Arbid
Avec Hiam Abbass, Amine Benrachid, Sami Dekhissi
Titre original Only Rebels Win

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