Critique super méchante : Le diable s’habille en Prada 2, David Frankel.
Le diable s’habille en Prada n’avait d’intérêt que parce qu’il brossait le portrait d’une méchante, une femme redoutable et redoutée, inspirée d’Anna Wintour, la rédactrice en chef du magazine Vogue. Néanmoins, les spectateurs qui avaient apprécié le film réalisé par David Frankel en 2006, s’attendaient à retrouver avec plaisir les personnages du premier opus. Las, la suite des aventures d’Andy au sein du magazine prénommé Runway pour les besoins du film, souffre du syndrome Emily in Paris. L’action est censée se dérouler 20 ans après le premier film mais Andy, qu’on voit pourtant recevoir un prestigieux prix pour ses écrits journalistiques dans les toutes premières séquences, se comporte comme une jeune assistante.
David Frankel est de nouveau réalisateur sur cette suite adaptée du roman Vengeance en Prada de Lauren Weisberger, et Meryl Streep, Stanley Tucci, Emily Blunt et Anne Hathaway reprennent leurs rôles respectifs. Qu’est-ce qui cloche alors ? La direction d’acteurs et la cinématographie. Si Meryl Streep parvient à exprimer toute la complexité de son personnage par un simple regard, Anne Hathaway en fait des tonnes, enchaînant les poses ridicules et les cris hystériques. A son manque de finesse s’ajoutent des mouvements de caméra qui conviendraient à un épisode de Sex and the City. Ici, ils contribuent à faire de son personnage un stéréotype nunuche. Andy est contente : elle est alors filmée en travelling panoramique, un sourire béat aux lèvres, des escarpins au pieds, dodelinant de la tête tout en déambulant au milieu des travailleurs new-yorkais. Andy est inquiète : elle est assise devant son ordinateur portable, au milieu de la nuit, en pyjama, décoiffée…
Et ensuite, il y a New York. Ce film est une insulte à cette magnifique ville. Tous les plans qui s’attardent un peu sur la Big Apple semblent sortis d’une série TV. Montage clipesque, reflets du soleil sur les gratte-ciels iconiques en gros plans, des prises de vue qu’on a vus cent mille fois ailleurs, et mieux tournées. La ville – magnifiée par des réalisateurs comme Paul Auster et Wayne Wang, Scorsese ou Woody Allen – est ici réduite à une symbolique rance : le gigantisme des monuments – ode aux tycoons (magnats) industrieux – écrase la masse des anonymes.
Alors à quoi s’accrocher ? Aux réparties de Stanley Tucci, élégant en diable, sardonique à souhait lorsqu’il regrette ce qu’est devenu son métier : « Il y a 20 ans, j’avais une semaine de prises de vues et 4 pages pour un shooting avec Avedon [Richard Avedon, probablement le plus grand photographe de mode au monde] en Afrique, maintenant j’ai deux heures dans un coin paumé de New York pour que des jeunes matent mes images en les scrollant aux toilettes. » Décrivant les tenues synthétiques du nouveau patron du groupe de presse, il assène : « il suffirait d’une allumette pour qu’il prenne feu comme un sapin de Noël. » A propos de la jeune génération qui ne jure que par les froyos (yaourts glacés) de la cafeteria, il déclare : « Une urgence sanitaire nationale. »
Le diable s’habille en Prada veut surfer sur les tendances du moment, tout en demeurant politiquement incorrect. Il loupe le coche sur les deux tableaux. Les yaourts glacés sont passés de mode et la critique du capitalisme des géants de la tech est caricaturale. Tout le problème est de faire des employés de Vogue des artistes, des esthètes, des défenseurs du beau. Le personnage joué par Emily Blunt, pas forcément plus nuancé, offre paradoxalement une clef de lecture intéressante du milieu contemporain de la mode.
Alors que Miranda Priestly (Meryl Streep) la considère comme une vendeuse qui n’a aucun sens esthétique, la responsable achat de Dior explique à Andy que si les grands groupes prospèrent plus que jamais c’est parce qu’ils ont réussi à faire acheter des vêtements, sacs à main et accessoires griffés ultra-chers aux pauvres. La démonstration pourrait continuer ainsi : « Et pour faire encore plus de profits, ces mêmes patrons du luxe, ont remisé les matériaux nobles (coton, lin, satin, taffetas, cuir, soie, dentelle…) au placard afin de fabriquer des vêtements en polyester vendu au prix cher… » Cela ne sera pas dit dans le film mais les tenues, laides et bling (nouvelle déception), de ce 2e opus parlent d’elles-mêmes. Meryl Streep a beau minauder devant la Cène de Leonard de Vinci, les esthètes ont déserté les maisons haute couture depuis bien longtemps.
29 avril 2026 en salle | 1h59min | Comédie, Drame
De David Frankel
|Par Aline Brosh McKenna
Avec Meryl Streep, Anne Hathaway, Emily Blunt
Titre original The Devil Wears Prada 2







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