The Mandalorian and Grogu, Jon Favreau, 20 mai
N’en déplaise aux critiques aigris et grognons, on passe un excellent moment en compagnie du Mandalorian et de son jeune acolyte Grogu. Alors certes, cet épisode grand écran de la célèbre série TV quasi éponyme ne restera pas dans les annales cinématographiques comme le chef d’œuvre du siècle mais c’est tout de même du bel ouvrage, tant du point de vue des effets spéciaux (mix d’animatronique et d’images de synthèse) que du story-telling.
Jon Favreau a eu le mérite de revenir à l’essence même des trois premiers films Star Wars qui tiennent autant du western que du space opera, ce qui nous vaut de superbes batailles spatiales mais aussi des combats dans des lieux aussi divers qu’une arène, un bar rempli d’oiseaux en cage, et une fosse pleine d’eau. On notera aussi l’incroyable bande-son de Ludwig Göransson, déjà aux manettes pour la série. Ici, il a troqué la flûte de pan pour des nappes électroniques rappelant le Night Call (WTF!) de Kavinsky dans Drive pour les séquences sur la planète Shakari, aux mains du mafieux Janu Coin.
C’en est enfin fini des questionnements existentiels et des atermoiements ennuyeux des nouveaux héros, Rey ou Kylo Ren. Petite précision pour les lecteurs de cet article : votre vénérable scribe s’était endormie lors de Star Wars, épisode VIII : Les Derniers Jedi (ce qui lui arrive rarement) et elle n’a pas réussi à voir en entier le dernier opus signé par JJ Abrams. Alors oui, The Mandalorian and Grogu est clairement marketé tout public, et constitue une conclusion logique (et donc plutôt consensuelle) aux aventures des héros de la série. Mais Favreau nous réserve de belles surprises, à commencer par des plans de toute beauté, comme ces différentes visions resserrées, à l’intérieur du cockpit, du casque de Mando, filmé de profil, conduisant son vaisseau. En quelques secondes, c’est toute la solitude du personnage qui s’exprime.
On l’a peut-être oublié – tant notre époque a tendance à valoriser les comportements grégaires (phénomène amplifié par les réseaux sociaux et la mort de l’esprit critique) – mais les héros de Star Wars sont des solitaires, qui au fil d’existences tumultueuses ont développé leur propre sens moral. Si le Mandalorian appartient à une sorte de secte dont le credo (« this is the creed ») est la protection des plus jeunes, envers et contre tout, instituant ainsi une Voie (un mode de vie structuré, « This is the Way »), les différents épisodes de la série diffusée sur Disney plus, l’ont régulièrement montré effectuer des choix qui contrevenaient aux règles des groupes auxquels il appartient, que ce soit la guilde des chasseurs de prime, ou la communauté des derniers Mandaloriens…
Dans le film, s’il effectue désormais des missions pour les forces armées de la Nouvelle République, il compte bien continuer à procéder à sa manière. Din Djarin n’est pas un esprit rebelle qui refuse toute hiérarchie ou ordre pour le simple fait de s’opposer, c’est au contraire un héros qu’on pourrait qualifier de méta-pensant, qui pèse chaque décision en analysant tous les paramètres, stratégiques, politiques mais aussi humains et moraux.
La paternité et la transmission des savoirs sont au coeur de la mythologie Star Wars. Dès le départ, dans les premiers opus, il y a un mauvais père : Dark Vador, qui s’est laissé corrompre par la colère, la haine, le désir de vengeance, émotions toutes estampillées négatives. Din Djarin est l’anti Vador. Orphelin, arraché à sa famille, il a eu l’intelligence d’écouter ses nouvelles figures parentales, les Mandalorians. Malgré les épreuves, les difficultés, il ne nourrit aucune envie d’en découdre avec ses ennemis, juste pour prouver qu’il est le plus fort. Quasi robotique, on pourrait croire que The Mandalorian est dénué d’affects et qu’il exécute ses missions sans aucun état d’âme. En collant Grogu à ses basques, Favreau peut développer son récit de filiation tout en montrant qu’à l’instar d’un Han Solo qui cachait ses sentiments sous un cynisme de façade, Din Darin est doté d’empathie et surtout de générosité.
The Mandalorian and Grogu multiplie les séquences attendrissantes mais toutes participent à la narration et à la consolidation des thèmes fondateurs de la franchise. Ce qui prime dans Star Wars, ce n’est pas l’obéissance aux ordres (que ceux-ci émanent de la rébellion, de la Nouvelle République ou de l’empire) mais la défense de ce qui est juste et bon. Une sorte d’impératif kantien qui ne dirait pas son nom. Ici, Mando ne respecte pas la part de son contrat : il ne livre pas Rotta the Hutt, car il estime que préserver la vie de l’héritier des Hutt est moralement plus important que l’accord conclu entre les souverains Hutt et la Nouvelle République.
Le personnage de Rotta creuse un peu plus cette thématique de la filiation et de l’obéissance. Le fils du monstrueux et sadique Jabba the Hutt a préféré fuir pour se réinventer, loin de l’héritage délétère de sa famille. Dès lors, les multiples changements d’univers font sens. Mando, en cavale quasiment toute la série TV, ne peut être qu’un héros on the move, sans attaches autres que celles qu’il noue lors de ses visites à l’étranger…
Le film multiplie les univers et créatures incroyables. Là encore, aucune rupture avec la tradition. Cela fut toujours la marque de fabrique de Star Wars de montrer une sorte de multitude bariolée dans l’infini de l’univers. On s’étonnera peut-être de la présence de Martin Scorsese dans le rôle d’un extraterrestre propriétaire d’un food-truck, inquiet des révélations qu’il pourrait faire au Mandalorien. Mais là encore, ce clin d’oeil n’est-il pas une sorte d’hommage à l’inventivité courageuse d’un Georges Lucas qui, dans les années 1970, avec d’autres réalisateurs du Nouvel Hollywood, Scorsese y compris, tenta de s’affranchir des carcans imposés par Hollywood ?
Loin des récits alambiqués conçus par des réalisateurs compliquant inutilement le genre (pensant ainsi faire preuve d’originalité et de rupture), le dernier film de Jon Favreau s’inscrit au contraire dans une tradition dont il reprend les codes et les archétypes, non par manque d’idées, mais par volonté de revendiquer une mythologie qui à elle seule, créa un univers suffisamment solide d’un point de vue narratif pour réussir à devenir intemporel et plaire à différentes générations.
20 mai 2026 en salle | 2h12min | Action, Aventure, Fantastique, Science Fiction
De Jon Favreau
|Par Jon Favreau, Dave Filoni
Avec Pedro Pascal, Sigourney Weaver, Jeremy Allen White











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