Céleste, de Diego San José Castellano, Arte, jusqu’au 31 août
Alors que Shakira sort gagnante du bras de fer qui l’opposait au fisc espagnol, je ne résiste pas à l’envie d’écrire sur la série TV espagnole Céleste, disponible jusqu’au 31 août sur le site de la chaîne franco-allemande Arte. Dans le rôle principal, l’actrice multi-primée Carmen Machi, qui incarne Sara Santano, inspectrice des impôts sur le point de prendre sa retraite. Les premières scènes nous la montrent rangeant son bureau, offrant à son jeune collègue admiratif un pavé sur le droit des affaires (elle en est l’auteur)… Carmen Machi est une actrice de composition, plus toute jeune, qui n’a jamais été une bomba latina. En face d’elle, on trouve Céleste la bien-nommée, une chanteuse au firmament.
Sur un sujet pas forcément très intéressant – le recouvrement d’impôts – le showrunner et scénariste Diego San José Castellano livre une savoureuse satire sociale qui se double d’un thriller d’un nouveau genre. Un ancien camarade de promo, haut gradé, vient proposer à Sara une ultime mission : arriver à prouver que la résidence principale de Céleste est bien l’Espagne et que la chanteuse doit donc s’acquitter de paiements non effectués.
Tout en rendant compte des méthodes habituelles du fisc, la série instaure un climat de tension permanente entre les deux protagonistes qui jouent au chat et à la souris. Sara se met à épier et à filer la chanteuse, se rend dans les mêmes magasins, restaurants et salons de coiffure, afin de reconstituer l’itinéraire quotidien puis hebdomadaire de Céleste.
En se confrontant à l’existence glamour de la célébrité latino, Sara réfléchit sur son propre parcours. Récemment veuve, elle habite un appartement bourgeois et confortable mais, sans aucune commune mesure avec les penthouses dans lesquels la chanteuse a coutume de résider. Hédoniste et bonne vivante, Sara s’offre régulièrement de menus plaisirs mais jamais, elle n’oserait mettre les pieds dans les restaurants étoilés où s’affiche la star. La hargne de l’agente du fisc redouble quand elle prend conscience qu’un abîme la sépare de Céleste. Malgré son intelligence – au-delà de la moyenne – malgré ses concours, obtenus haut la main, et son classement, Sara restera une petite fonctionnaire. Et peut-être même qu’elle sera remplacée par une contractuelle qui ne s’est jamais donné la peine de passer le concours ou de réfléchir aux enjeux sociaux et politiques de son métier.
Avec Céleste, Diego San José Castellano livre un vibrant hommage aux fonctionnaires, et à un corps, particulièrement haï, celui des inspecteurs travaillant pour les impôts. Le monde dépeint par le scénariste est un univers de dinosaures. Sara transmet son savoir et son expérience à une jeune fonctionnaire qui la considère comme son mentor, mais toutes deux sont des vestiges du passé. Elles s’accrochent à un cadre légal, à des statuts, qui garantissent le bon fonctionnement de la société et surtout l’équité de traitement. Mais, autour d’elles, les règles ont changé : il suffit d’avoir les bons contacts, le look adéquat, et surtout il suffit d’être prêt à tout pour percer et réussir. Sara envisage sa mission comme un service rendu à la Nation. Elle ne cesse de répéter qu’elle tente de redresser une injustice et que le recouvrement de l’argent servira les intérêts des concitoyens espagnols. Elle n’a pas tort, mais face au joli minois et aux déhanchements de Céleste, les arguments de Sara ne font pas long feu.
Contrainte d’interroger une foule d’hommes disparates qui gravitent autour de la star – un paparazzo (Manolo Solo, qui était déjà excellent dans Ciudad de Sombras), un jeune condamné pour avoir suivi et harcelé Céleste, des coiffeurs et restaurateurs – Sara se heurte à une haine irraisonnée. Tous sont sous le charme de Céleste. Peu importe si elle contourne la loi pour s’enrichir aux dépens de ses fans, qui eux restent inexorablement pauvres.
Céleste est donc aussi un conte moral sur le culte des apparences, et le clientélisme en vogue à l’heure actuelle. Chaque épisode est rythmé par un tube de la chanteuse à l’écran. Mais c’est paradoxalement en s’identifiant à elle, en faisant sienne ces mélodies de tigresse que Sara trouve l’énergie de venir à bout de sa mission. Attention spoilers. Contrairement à la réalité (la justice espagnole a ordonné au fisc de rembourser à Shakira plus de 55 millions d’euros), Sara, héroïne badass pleine de mordant et jamais vaincue, parvient à coincer Céleste, et à écorner l’image lisse de la star, tout en réussissant à vivre sa propre histoire d’amour de senior. Les fonctionnaires de tous pays lui disent merci.
Depuis 2024 | 30min | Comédie, Comédie dramatique, Drame
Créée par Diego San José
Avec Carmen Machi, Andrea Bayardo, Manolo Solo…
Nationalité : Espagne









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