Good Luck Have Fun Don’t Die, Gore Verbinski, 15 avril

Film de science-fiction potache qui témoigne néanmoins d’une grande maîtrise scénaristique, Good Luck Have Fun Don’t Die a été injustement éreinté par la critique française. Normal, c’est un film de genre et comble du scandale, il ne se prend pas au sérieux. Certains journalistes ont également pointé du doigt son ton (je cite) « paternaliste ». C’est oublier que le but principal des récits d’anticipation, de SF, des dystopies ou des uchronies est de mettre en garde contre les dangers à venir, que ceux-ci procèdent d’un mauvais usage des techniques et/ou d’une organisation sociale et politique liberticide et déshumanisante.

Certes, le dernier film de Gore Verbinski (réalisateur de Rango, oscarisé en 2012 et de la trilogie des Pirates des Caraïbes) comporte son lot d’adolescents (et dans une moindre mesure d’adultes) décérébrés par les réseaux sociaux, l’intelligence artificielle et les écrans auxquels ils sont en permanence scotchés. Mais malgré sa satire des temps modernes, le ton reste résolument fun comme l’indique opportunément le titre.

Pourvu qu’on adhère au postulat de départ – un homme attifé comme un clochard prend en otage les clients d’un diner afin de les convaincre de partir en guerre contre une Intelligence Artificielle hors de contrôle – le film se vit comme une aventure pleine de gags absurdes, au sein d’un univers qui, dans une première partie, rappelle les jeux vidéo shoot them up, avec un cortège de fusillades en tout genre.

Le réalisateur fait planer le doute : l’homme venu du futur (incarné par le génialissime Sam Rockwell) a-t-il réellement voyagé dans le temps ? Ou, comme le pense une majorité des clients, n’est-il qu’un pauvre hère échappé d’un hôpital psychiatrique ? Quête épique, la mécanique de Good Luck Have Fun Don’t Die ne repose pas uniquement sur son acteur principal (qui une nouvelle fois brille dans ce rôle de marginal cynique) mais dans les interactions entre les différents protagonistes qui ont tous droit à leur back story, développée sous la forme de flash back. Mélangeant habilement plusieurs niveaux de récit et différentes chronologies, Good Luck Have Fun Don’t Die n’est pas sans rappeler Matrix, l’humour en plus, ou plus récemment, Everything Everywhere All at Once.

Alors oui, certains personnages – les tueurs affublés de masques de cochons, l’enfant informaticien, et un drôle de croisement entre un cyclope et un chat – sont carrément over the top. Mais dans un monde imaginaire régenté par une IA capable de dupliquer les adolescents victimes de tueries dans leurs établissements, et alors que nos écrans sont déjà envahis de vidéos de chatons, de fake news et que Tiktok vante le milkshake au vin (et d’autres tendances tout aussi débiles voire dangereuses), le monde virtuel du film n’apparaît pas si éloigné que ça de notre réalité. Au final, un excellent film de SF, drôle et prenant, avec un twist final émouvant.

15 avril 2026 en salle | 2h15min | Aventure, Comédie, Science Fiction
De Gore Verbinski
|Par Matthew Robinson (II)
Avec Sam Rockwell, Juno Temple, Haley Lu Richardson

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