Marilyn Monroe, exposition et rétrospective, Cinémathèque Française, 8 avril – 26 juillet (expo)

Qui était vraiment Marilyn Monroe ?

Derrière l’icône glamour hollywoodienne et le portrait de la femme-enfant fragile, il y avait-il une actrice qui pensait ses rôles ? Artiste au multiples facettes, Marilyn a souvent été réduite à ses apparitions comiques de blonde provocante ou évaporée. Sa vie personnelle tumultueuse et dramatique a occulté l’amour qu’elle portait au 7e art et au métier d’actrice. C’est en tout cas la thèse qui parcourt en fil rouge l’exposition que consacre la Cinémathèque Française à Marilyn, devenue après sa mort image pop, récupérée par les média, le marketing et même la communauté queer du voguing.

MARYLIN MONROE
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Credit : MOA/DALLE

Adoptant une approche chronologique assez classique, l’exposition débute avec de nombreux clichés de la star en devenir. Tous ou presque montrent Marilyn dans des poses (exagérément cambrées) qui mettent en avant sa plastique avantageuse. Fétichisée dès le départ par les photographes, les studios et de manière générale le male gaze, Marilyn tourne à son avantage cette exploitation. Ses premières photos de top model lui permettent de devenir financièrement indépendante et surtout de quitter son emploi d’ouvrière puis de divorcer de son premier mari.

Crédits : La cinémathèque française.

Émancipation par la séduction ? Cette première étape, pas forcément flatteuse, est malheureusement le lot de nombreuses aspirantes actrices qui sont remodelées (via la chirurgie esthétique, le maquillage…) par les studios pour coller aux attentes du public masculin. Impossible de ne pas songer à Joan Harlow, la première blonde platine nord-américaine, décédée elle aussi très jeune, à 26 ans. L’exposition fait d’ailleurs plusieurs fois le rapprochement entre les deux stars. La cinémathèque aurait pu aussi évoquer Lana Turner, contrainte de porter des pulls moulants qui lui valurent un surnom qu’elle détestait : « Sweater Girl. » Marilyn, elle, écopera du non moins avilissant « Mmmmm girl« 

Le montage de plusieurs extraits vidéos de comédies, Monkey Business (Chérie je me sens rajeunir) d’Howard Hawks ou Love Happy (La pêche au trésor) de David Miller, sont analysés afin de montrer que le potentiel comique, soit-disant naturel de Marilyn, relevait d’une véritable performance d’actrice. Face des acteurs chevronnés comme les Frères Marx ou Cary Grant, Marilyn, pourtant cantonnée à un second rôle, réussissait à créer de mémorables instants de cinéma.

L’exposition se poursuit avec de nombreux tirages contemporains (d’après négatifs d’époque) de photos promotionnelles ou de créations originales de photographes comme André de Dienes, Richard Avedon, ou Bert Stern qui l’immortalise dans des poses naturelles, quelques jours avant sa mort. Si l’aura sensationnelle et opportuniste de The Last Sitting (La Dernière Séance de Bert Stern) peut interroger – il fit publier des photos que l’actrice avait pourtant écartées – que penser des clichés de Richard Avedon ? Plus travaillées, avec l’accord complet de Marilyn qui semble s’amuser énormément, ces photos offrent à voir une actrice qui se grime pour personnifier d’autres sex symbols du passé… comme si Marilyn ne pouvait échapper à l’objectivation du corps…

Monroe grimée en Lillian Russell par Richard Avedon. Photo de Nausica Zaballos

La Cinémathèque donne à voir des lettres envoyées à la star par les responsables des studios qui lui reprochent ses retards ou l’obligent à rappliquer fissa en Californie alors qu’elle s’est envolée pour New York afin de suivre les cours de l’Actors Studio. L’un des points forts de l’exposition est d’illustrer la conscience politique de Marilyn à travers des clichés d’elle et d’Ella Fitzgerald, amitié complètement occultée des biographies alors que Marilyn défendait aussi les droits civiques. Son interprétation mythique du Happy Birthday Mister President à John Fitzgerald Kennedy peut donc aussi s’interpréter comme une forme d’engagement politique en faveur des idées progressistes démocrates, loin des ragots propres à la presse people.

Bien avant Mee Too, l’actrice dénonce les loups d’Hollywood mais son témoignage reste inaudible à l’époque. Photo de Nausica Zaballos

La fin de l’exposition montre le piège médiatique qui se referme sur Marilyn. La star tente de mieux contrôler son image en devenant co-productrice de ses films, elle fonde avec son ami photographe Milton Greene, la Marilyn Monroe Productions, sa propre société de production. Mais la presse, à de rare exceptions près, se déchaîne et écorne son image. L’actrice vient de tourner dans des films (Les hommes préfèrent les blondes, Comment épouser un millionnaire) qui la dépeignent comme une gold-digger woman, une femme vénale, chasseuse d’hommes fortunés. Et son nouveau mari, Arthur Miller, se répand en déclarations (« Dans tout ce qu’elle fait, elle est elle-même ») qui sapent ses velléités d’actrice « sérieuse. »

Photo de Nausica Zaballos

Forcément, la Cinémathèque revient sur l’immense rôle offert à Marilyn dans The Misfits, véritable chant du cygne et preuve ultime que l’actrice aurait pu jouer autre chose que des blondes rigolotes. Mais, l’exposition se termine par une installation qui montre les stars du voguing, et avant elles, Madonna (habillée comme Marilyn dans Les hommes préfèrent les blondes), rendre hommage à la star. Comme si l’image glamour de Marilyn, reproduite et réfractée à l’infini, devenue simple commodité (au sens Warholien du terme) n’était finalement que ce qui pouvait rendre l’actrice immortelle.

Photo de Nausica Zaballos

Crédits photos : (image mise en avant sur la page d’accueil du site) Stephane Dabrowski – La Cinematheque francaise

Marilyn Monroe on the set of ‘The Misfits’, Reno, Nevada, 1960.

 

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